Photo Patrick Batard/ABACAPRESS.COM

Par Jean-Philippe Delsol, président de l’institut de recherches économiques et fiscales (IREF)

Tribune. Faut-il être excessif pour être crédible ? C’est sans doute ce que croit M Mélenchon qui propose de taxer au taux de 90% tous les revenus au-delà de 400 000€ par an. Il veut en plus rétablir l’ISF et calculer les taxes foncières sur l’ensemble du patrimoine des foyers fiscaux. Les impositions pourraient alors dépasser le montant du revenu annuel des plus riches.

Certes, une telle mesure ne concernerait pas beaucoup de Français. Seuls 0,02% des contribuables gagnent plus de 34 000€ par mois. Mais ce sont souvent ceux qui travaillent le plus, ceux qui innovent, ceux qui risquent…, c’est-à-dire ceux qui sont à l’avant-garde du progrès. Si on leur confisque leurs gains, ils cesseront d’en faire, qu’ils travaillent moins, partent à l’étranger, ferment leurs entreprises ou renoncent à en créer d’autres, prennent leur retraite anticipée, ou occultent certains revenus. Dans tous les cas, ce serait désastreux pour l’économie française qui y perdrait une partie de sa force motrice. Ceux qui en souffriraient le plus seraient les plus pauvres parce que les entreprises seraient moins innovantes et donc moins concurrentielles, les investissements baisseraient, des emplois seraient supprimés. Le produit des impôts décroitrait. C’est ce que l’histoire nous enseigne.

La France a déjà expérimenté des taux d’imposition stratosphériques, pendant la Révolution française en 1793 (100% d’impôt au-delà de 9 000 livres de revenu) puis en 1798 et ce fut un échec cuisant marqué par un effondrement des ressources fiscales. Durant les années 1936-1947, qui connurent encore des taux d’imposition croissants et très significatifs, l’apport des contribuables les plus aisés au produit de l’impôt s’affaissa. Il en fut encore de même en 1981 lorsque M Mitterrand éleva le taux supérieur d’imposition des revenus à 75%. 

Les excès d’imposition ne sont d’ailleurs pas seulement dangereux économiquement, ils sont iniques. Ils représentent une forme de vol. Ils empêchent l’expression de la personnalité humaine. En accablant la propriété, ils affaiblissent les hommes dans leur être autant que dans leur citoyenneté. A ce titre, ils favorisent la montée des despotismes.

Jean-Luc Mélenchon reprenant l’antienne dangereuse de tous les Piketty se complait dans la démagogie et achète des suffrages à peu de frais pour lui. Mais ce ne sont que des sirènes empoisonneuses. Il faut faire l’inverse de ce qu’il propose pour rétablir les équilibres, les finances et, par-là, la prospérité de notre pays. Il faut suivre le conseil du grand économiste Bastiat en 1840 : « Baisser les impôts maintenant ce n’est pas risquer un déficit du budget, c’est bâtir une économie la plus prospère et la plus dynamique, de nature à nous valoir un budget en excédent. »

Jean-Philippe Delsol

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,

    En survolant votre article 2 affirmations ont attiré mon attention;

    1) … Faut-il être excessif pour être crédible ? C’est sans doute ce que croit M Mélenchon qui propose de taxer au taux de 90% tous les revenus au-delà de 400 000€ par an.

    2) : « Baisser les impôts maintenant ce n’est pas risquer un déficit du budget, c’est bâtir une économie la plus prospère et la plus dynamique, de nature à nous valoir un budget en excédent. »

    Pour la première, vous omettez de préciser « sur la dernière tranche ».
    Pour lla seconde, n’ayant aucune connaissance en économie, je laisse au jugement de vos lecteurs la situation actuelle découlant de dizaines d’années de ce type de raisonnement.
    « Une économie prospère et la plus dynamique, de nature à nous valoir un budget en excédent. » écrivez-vous 🙂

    Cordialement

LAISSER UN COMMENTAIRE

Tapez votre commentaire
Entrez votre nom ici

douze − 9 =