Un passage de témoin presqu’idéal… TF1 va-t-il reprendre RTL ?

Au début, on l’avait presque pris pour un moindre mal. En 1989, le tout Paris des affaires attendait Nicolas Bouygues pour prendre la succession du patriarche Francis, et finalement c’est Martin qui, à la surprise générale des commentateurs, prit la suite du magnat du BTP.

On ne donnait pas cher de sa peau pourtant. Moins diplômé et moins brillant que Nicolas son frère centralien, l’allure bonhomme de ce diplômé de l’université de Paris-Dauphine de 37 ans, qui avait commencé dans le groupe comme simple conducteur de travaux, n’avait guère enthousiasmé les marchés.

Prendre la succession d’un monument du monde entrepreneurial français n’est certes pas une sinécure. L’homme qui, dès 1951, a réussi à transformer une petite affaire de construction en géant mondial de 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires, présent dans le bâtiment (26,2 milliards d’euro de chiffre d’affaires), la télévision avec TF1, première chaîne généraliste européenne avec 2,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires et les télécoms, un vrai choix de Martin, avec Bouygues Telecom 6,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires ; a de quoi impressionner. Avec le recul, on se dit que les Bouygues ont été bien avisés en 2014 quand ils ont refusé, in extremis, le chèque de 10 milliards d’euros que l’empressé Patrick Drahi, le président d’Altice (alors patron de Numericable – SFR) voulait leur signer afin de pouvoir mettre la main sur Bouygues télécoms et entamer ainsi le début de la consolidation européenne des télécoms dont tout le monde parle, mais qui tarde à se concrétiser. Il y a quelques années, on évoquait une joint-venture entre Deutsche Telecom et Orange, que plus personne n’évoque aujourd’hui.

L’eau a coulé sous les ponts depuis lors. Le groupe Bouygues, bien équilibré avec ses trois pôles, s’apprêterait à se renforcer encore d’avantage dans l’audiovisuel. Il se verrait bien mettre la main, le dossier n’est pas mince, sur la radio leader RTL voire la chaine M6 mise en vente récemment par l’allemand Bertelsmann. Un groupe média dont la filiale française dirigée par l’élégant Nicolas de Tavernost est convoitée également par le milliardaire breton Vincent Bolloré.

Le patron de Vivendi, cherche à réinvestir ses milliards tirés de sa pépite Universal Music, valorisée 30 milliards, après l’entrée au capital du chinois Tencent à hauteur de 20%, qu’il envisage également de faire coter en bourse. Ce qui lui permettraient de devenir un géant des médias à l’échelle européenne, après ses rachats récents de Prisma média en France où son entrée surprise au sein du capital de Prisa en Espagne, groupe éditeur du quotidien El Pais.
Que cela se fasse ou non, Martin Bouygues, après trois décennies passées aux manettes, laisse à son fils Edward, devenu Directeur Général opérationnel, la responsabilité d’un groupe diversifié, solide et parfaitement géré. La transition se fera en douceur. Pragmatisme oblige ou simple atavisme auvergnat, Martin continuera, à 69 ans, de veiller de loin sur les faits et gestes de son rejeton. Cela lui laissera davantage de temps pour s’occuper de ses prestigieux vignobles bordelais Château Montrose ou bourguignons avec, en Côtes de Nuits,le Domaine  Henri Rebourseau. Edwards a certes déjà montré qu’on pouvait compter sur lui. À 35 ans, ce diplômé de l’Essca d’Angers, titulaire d’un MBA de la London Business School, a effectué le parcours du combattant au sein du groupe. N’a t-il pas, après un passage chez Bouygues Bâtiment, été responsable marketing de Bouygues Télécoms.

On est chez les Bouygues, la succession n’est pas un droit mais plutôt un devoir ! En 70 ans, il n’y a eu que deux présidents au total. La tâche est lourde mais Bouygues junior pourra s’appuyer sur une équipe solide. À commencer par Olivier Roussat, le fidèle bras droit de Martin qui, à 56 ans, prend le poste de PDG opérationnel.

La façon dont s’opèrent ces évolutions est suffisamment remarquable pour qu’elle donne des idées à d’autres entrepreneurs français désireux à la fois de continuer à participer à l’œuvre de leur vie tout en éprouvant le besoin de prendre un peu de champ. Souvent, c’est comme cela qu’on devient meilleur surtout si on arrive à s’appuyer sur une équipe managériale solide !

A propos de succession d’entreprises, rappelons que notre pays continue de taxer les transmissions entrepreneuriales, malgré les améliorations apportées par la loi Dutreil, alors que nos compétiteurs européens, à commencer par l’Allemagne ou l’Italie, les exonèrent complètement !

Si l’on veut donc relancer le terreau économique hexagonal, il n’est pas compliqué de voir que c’est bien dans ce sens qu’il faut aller comme la demande dans un entretien au magazine Entreprendre avec raison et chiffres à l’appui, la très compétente patronne de l’institut IFRAP, Agnès Verdier-Molinié. Cela devrait faire partie des enjeux du débat d’ici 2022… Une autre histoire.

Robert Lafont

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