Gilets jaunes : les quatre vérités de Robert Lafont

14ème Samedi de Moblisation des Gilets Jaunes le 16 Fe&

La France piégée par elle-même ? Le mouvement des Gilets Jaunes malgré toutes ses  contradictions et ses dérives, met le doigt sur de vrais sujets.

Parlons franchement ! En 40 ans, notre pays n’a-t-il pas en distribuant tant et plus, empilé les structures, légiféré à tout va, investi sans plan d’ensemble et centralisé comme ce n’est pas possible. Après, on s’ étonne que nos artisans, entrepreneurs, salariés n’en puissent plus. 57% du PIB en dépenses publiques, est-ce tenable là ou nos voisins sont à 40% ! Dans le même temps, nos services publics semblent de moins en moins opérants. Et je ne parle pas du nombre de fonctionnaires, toujours plus pléthorique.

L’Etat avant les entreprises

En se socialisant à tout va, notre pays n’a-t-il pas oublié que pour distribuer toujours plus, on allait aussi asphyxier les forces vives ? Cela n’a pas été pris en compte, faute de représentation suffisante du tissu économique dans la représentation politique.

Alors certes, dans une économie mondialisée, les meilleurs ont réussi à tenir. Nous sommes toujours la 6ème économie mondiale même si la présence en nombre d’investisseurs étrangers dissimule un peu les choses. Seuls les plus dynamiques, ou ceux disposant d’un savoir faire unique, ont tenu.

Chaque année, plus de de 50 000 entreprises succombent. C’ est un drame, autant social qu’économique et financier.Nos entreprises payent 90 Milliards de plus que leurs homologues allemandes. C’ est un écart énorme. Ce n’ est plus jouable… Il faut desserrer l’étau… Le déficit structurel chronique de notre commerce extérieur témoigne de ce boulet placé sur nos entreprises.

Haro sur la défense publique

La solution consiste à faire baisser la dépense publique pour arriver à 40% du PIB. C’est possible. L’ Allemagne le fait ! Elle n’est pas moins bien administrée. Tout le monde le sait.
Une confiance délibérée en nos agents économiques reste la voie d’ avenir. Ceux-ci n’ attendent qu’une politique durable de baisse des impôts et des charges pour repartir à la conquête… Jusque-là, on a fait beaucoup pour les décourager. J’entendais à la télé, l’autre jour, une citoyenne suisse affirmer : « Heureusement, qu’on a nos riches, sinon on serait tous pauvres ». Tout est dit !

Autre point important : arrêtons d’opposer finance et industrie, capitaux et emplois, car il n’ y a pas d’ industrie sans investisseurs ni d’emplois sans employeurs. Tous les pays du monde aimeraient avoir un Bernard Arnault, dont le groupe LVMH paye 6 Milliards d’ euros d’ impôts et taxes à l’État français et qui s’évertue à créer, chaque année, 3 000 nouveaux emplois, sur le territoire.

Certains en ont fait un film pour le tailler en pièces, qui a eu un véritable échos. Aucun pays ne peut réussir en faisant la chasse aux riches. Il faut faire l’inverse : les attirer.

Vive le capitalisme familial

Il n’y a pas de prospérité durable sans un capitalisme familial stable… A l’instar de ce qu’a fait l’Allemagne, encore elle, avec le Mittelstand. Du coup, elle dispose de trois fois plus d’ETI, qui sont des entreprises ancrées dans les territoires.

Toutes les lois prises par nos amis d’ outre-Rhin sont évaluées, avant d’ être mises en place, à l’ aune de l’ intérêt économique de leur tissu industriel. Chez nous, on fait l’ inverse… On fait des lois, on réglemente, notre grande spécialité, à l’instar des 35 heures, avant de mesurer après les dégâts qu’elles causent.

Faut-il reparler de l’ impôt sur la fortune ? Le dernier pays européen à disposer d’un ISF. Le président Macron a bien fait de le supprimer. Une bonne décision car il rapporte 4 Md, mais selon certains calculs, il nous coûte 35 Mds d’euros : le manque à gagner sur les impôts perdus (IR, IS, TVA…) sur les dépenses des familles riches exilées. Qui le dit ? Certains, mais on ne les entend pas. Le MEDEF en tête… De quoi ont-ils peur ?

Deuxième exemple : la détention des grands groupes français détenus par des fonds internationaux commence à inquiéter. Les groupes du CAC 40 d’origine nationale sont investis par les fonds de pension étrangers. Récemment, nous avons perdu Pechiney, Usinor, Lafarge, Technip et Alstom, le dernier en date et pas le moindre. Quel grand pays accepterait une telle dépossession ?

On n’a pas fait à temps les fonds de pension tricolores comme voulait le faire en son temps, le député Jean-Pierre Thomas. Les syndicats s’y sont opposés. Et en plus, on en a détourné le petit épargnant avec une fiscalité dissuasive : voir Hollande.

N’opposons pas les grands groupes aux PMF. Si celles-ci concentrent l’ essentiel des emplois, n’ oublions pas que ce sont les multinationales qui assurent l’investissement, à plus de 70% Dernier point : les droits de succession. La aussi, nous avons le record en Europe… Mais voila que cela ne suffit pas, de grands esprits, des économistes en vue sont en peine d’augmenter la charge. Un comble. Comme si, cela n’avait pas fait assez de dégâts.

« Pas assez d’égalité, entre les jeunes… On peut encore les augmenter » nous dit-on ! Si on va dans cette direction, il faut savoir que les transmissions d’entreprises se feront encore moins bien. Déjà que c’ est chez nous, qu’il y a le moins d’ entreprises à avoir un successeur (à peine 15000 PME par an).

On veut qu’il y en ait moins… On voudrait achever l’ économie française qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Trop de social tue le social

400000 emplois ne trouvent pas preneurs dans un pays avec 9% de chômage. On marche sur la tête. Il y a beaucoup de sans- emplois qui n’en cherchent pas. Les formations ne sont pas adaptées aux besoins de l’économie (industrie, digital, commercial…).

Le système social a du bon, mais sans contrôle strict, il devient une prime à l’inactivité ! Sans parler de la durée d’indemnisation record. Plusieurs années parfois, là où de l’autre coté de la Manche, elle ne peut excéder 6 mois.

Tout cela, les Gilets Jaunes le savent confusément. Et puis sur- tout, ils mesurent à la fois la difficulté de ceux qui travaillent et le confort de certains qui vivent au chaud à l’abri du système… La rémunération de hauts-fonctionnaires à 15K€/mois en a ému plus d’un.

A juste titre, car ils ne prennent aucun risque. Il n’est pas trop tard pour arriver à 40% du PIB de dépense publique et à donner les marges de manœuvre à ceux qui travaillent et investissent dans notre économie. Tout le monde y a intérêt. Les riches, mais d’abord les pauvres. Car si les premiers peuvent s’installer à New York, Genève ou Luxembourg… les autres resteront à Vesoul ou Souillac.

Derrière l’initiative du Grand Débat apparait un formidable besoin d’expression, de responsabilité, d’autonomie et de création de la part de la société française. Qu’attend-on pour libérer, décentraliser, responsabiliser, autonomiser, bref faire confiance à tout un chacun?

Au lieu d’enrégimenter et de contrôler. Il est là le grand piège. Ne nous décourageons pas, la France a tout pour réussir ! À condition de ne pas se piéger elle-même.