Par Didier Lombard, ex PDG de France Telecom

Tribune. Quels enseignements tirer de nos récentes aventures sur le contrat des sous-marins australiens

Premier précepte universel et permanent : les chefs d’Etats agissent en fonction des intérêts supposés de leurs pays sans s’embarrasser avec les traités, les contrats et autres contraintes si aucune rétorsion crédible n’est possible.

Deuxième constat : à cette occasion, on assiste à une mutation profonde du positionnement international des Etats Unis. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, on était en posture de guerre froide ; l’adversaire à surveiller était l’URSS puis la Russie et ses satellites avec des Etats européens qui servaient de tampon dans cet espace ; les uns bénévolants acceptaient le présence de base américaine sur leur sol, les autres moins accommodants aspiraient à une certaine indépendance de décision. Le nouveau président américain a changé radicalement d’axe pour sa politique de défense ; la Chine est désormais considérée comme le danger essentiel. La zone Asie Pacifique est maintenant au centre des préoccupations de la défense américaine. Le président Biden a apparemment eu peu de difficultés pour persuader le premier ministre australien de changer de position sur sa propre défense, pas mécontent de déchirer le contrat signé sous les caméras par son prédécesseur.

Il reste cependant quelques questions essentielles à éclaircir :

– Quelle sera la place de l’Europe et de la Russie dans le futur univers américain ?

– Dans la zone Pacifique, quelle indépendance gardera l’Australie dans la définition de sa défense. Bien sûr, on n’évoquera pas le rôle oublié de la France qui a la responsabilité de nombreux territoires dans la zone.

– Quel sera le rôle du Royaume Uni qui a été rattaché à cet accord ce qui s’intègre bien dans le paysage post Brexit rêvé par le premier ministre britannique.

En résumé le Président Biden nous a fait sa première crise d’America first ; il ne manquait que les tweets

Premier sujet à suivre attentivement : les conséquences de  l’évolution des positions américaines en matière de défense ; privilégier le risque chinois par rapport à l’ancienne guerre froide pourrait amener certains pays européens à se montrer plus ouverts aux positions du Président français en matière de défense européenne.

Ce sera probablement long mais la soudaineté des annonces américaines et la période de présidence française de l’Union Européenne pourraient accélérer les choses. Ceci pourrait être une conséquence structurellement positive du camouflet australien.

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