Photo Laurent Coust/SOPA Images via ZUMA Press Wire/ABACAPRESS.COM

Malgré un programme courageux, il n’incarne pas encore la fonction de rassembleur tant nécessaire à la nation.

Le candidat de Reconquête veut remonter à cheval, aux législatives, après son score décevant aux présidentielles. Après avoir, à certains moments de la campagne, tutoyé les 18% d’intentions de vote, et penser figurer au second tour, l’ex- éditorialiste de CNews attribue son score décevant, 7,07%, à certaines erreurs « le jeu appelle la faute », au vote utile, et principalement aussi à la guerre en Ukraine.

Le fameux effet drapeau : « Même si on a des désaccords avec Macron, on ne change pas de chef dans la bataille ». L’analyse n’est pas erronée mais elle fait l’impasse sur une erreur grossière du candidat patriote qui a eu le mérite de décloisonner le débat sur des sujets essentiels comme l’immigration, l’insécurité ou la ré-industrialisation, mais sans prendre le temps de rassurer sur la mise en œuvre de son programme. Pourquoi provoquer et parler par exemple de « remigration » ?

Un contresens manifeste ; car vouloir gouverner c’est pouvoir arriver à inspirer confiance et à rassembler. Porter un diagnostic juste n’est qu’une partie du chemin. On peut avoir raison et se planter complètement dans l’application des mesures. Combien de dirigeants intellectuellement brillants se fourvoient dans la mise en œuvre de leur programme ? Trop arrogants ou brutaux, le terrain ne l’accepte pas. Gouverner c’est prévoir, mais c’est aussi arriver à faire « avaler » les mesures difficiles y compris par ceux qui les refusent. C’est tout l’art du dirigeant.

Un peu à la manière d’un Pompidou qui, a la fin des années 60 (il n’y avait pas les réseaux sociaux et l’info en continu) a su, avec justesse, autorité, et son air bonhomme, faire passer son programme de réindustrialisation massif du pays (mai 68 excepté). Nous vivons encore là -dessus. Et nos dirigeants gagneraient à s’inspirer de la démarche.

Macron a certes le talent de pouvoir se frotter à toutes les couches de la population, on l’a vu spectaculairement lors de la campagne présidentielle, comme par exemple lors de son meeting de Strasbourg. Mais il incarne encore trop une ligne technocratique et post moderne, dite progressiste (PMA, immigration, …) qui ne correspond guère à l’attente du peuple français dans ses profondeurs.

Là réside probablement la maldonne originelle du macronisme. Pas de besoin de s’appeler Jérome Fourquet pour saisir que nos concitoyens veulent une pause franche avec l’immigration quitte bien entendu à intégrer encore mieux les Français d’origine diverse qui sont légalement entrés sur notre territoire. Idem pour les problèmes d’insécurité et de laxisme judiciaire…

Éric Zemmour continue de penser que l’on ne rassemblera pas les souverainistes des deux rives (Chevenement est avec Macron) et qu’il vaut mieux tenter de rassembler les droites. Pour lui : « Le clivage droite-gauche existe encore et se réinvente : la droite défend la France, son identité, la gauche s’est entièrement soumise à l’islamo-gauchisme…» « Je suis là candidat de droite héritier du RPR » affirme-t-il au Figaro magazine.
À cela, on peut rétorquer qu’une bonne partie des LR, à commencer par ses grands leaders actuels, Christian Jacob, Xavier Bertrand, Nicolas Sarkozy , Valérie Pécresse ou Jean- François Copé ont déjà fait de l’alliance avec Reconquête une ligne jaune déjà presqu’infranchissable. Seuls Éric Ciotti, Julien Aubert, Bruno Retailleau voire Laurent Wauquiez semblent prêt à des passerelles. Comment miser, dans de telles conditions, sur un tel rassemblement des droites. Certes, du côté du Rassemblement National, l’avènement d ‘un Jordan Bardella devrait faciliter une telle union à laquelle, visiblement, Marine Le Pen ne semble toujours pas disposée compte tenu des trahisons successives intervenues.

Autre point, il est essentiel ; gouverner un pays suppose de pouvoir rassembler le plus grand nombre. Or, beaucoup de nos concitoyens ne se sentent ou ne se sentiront jamais pour des raisons idéologiques, culturelles voire affectives de droite. Il faudra pourtant bien arriver à en convaincre un certain nombre. Cela ne peut se produire qu’avec un discours d’une certaine ouverture quitte à ne jamais rien renier de ses objectifs ambitieux pour le pays.

Le chemin de crête n’est pas aisé avec des médias hostiles et toujours prêts à raviver les divisions. Éric Zemmour est-il prêt à l’emprunter ? Ce n’est pas sûr. Les qualités d’un idéologue de talent ne sont pas celles d’un homme d’Etat pragmatique et rassembleur, même s’il a montré des qualités insoupçonnées d’orateur. Il n’est pas non plus dans son tempérament de changer de registre. C’est aussi sa force .

Mais après tout, l’écrivain d’ « Impossible n’est pas français » semble apprendre vite. « Une main de fer dans un gant de velours ». C’est ce que beaucoup d’électeurs attendent , là où depuis tant d’années nous avons eu droit à l’inverse : une main de velours dans un gant de fer. Le syndrome Karcher en quelque sorte sur lequel paradoxalement Valérie Pecresse a voulu s’appuyer. Le moins que l’on puisse dire est que cela ne lui a pas réussi. Arrêtons la politique gadget. Les Français veulent un vrai redressement. Comme l’a entrepris Thatcher en Grande- Bretagne. Et avec les résultats que l’on sait.

Robert Lafont

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