Gérald Darmanin, le petit fils d’immigré saura-t-il remettre de l’autorité dans les quartiers et contenir les migrants ? Barbara Pompili est-elle écologiste ou carriériste ? Bruno Le Maire mettra-t-il la finance au service des industries et de la relance ? Roselyne Bachelot relancera-t-elle les grands programmes culturels du pays ? Des questions fondamentales à poser au nouveau gouvernement Castex.

On attendait Ségolène Royal ou Jean-Louis Borloo, et on se retrouve avec Dupond-Moretti et Barbara Pompili. Pas sûr qu’on ait gagné au change ! La déception n‘est que d‘apparence, car ce gouvernement semble plus cohérent qu‘il n‘en a l‘air. Revue d‘effectifs.


Avec l‘arrivée place Vendôme, du monstre des prétoires, capable de défendre aussi bien les époux Balkany que le frère de Merah, marque la volonté de rompre avec l’accusation de docilité du garde des sceaux. À 59 ans, Éric Dupond-Moretti ne prêtera pas le flanc aux critiques de dépendance, celles qui s’abattent sur la gestion de sa terne prédécesseuse Nicole Belloubet.

Une ministre qui risque de retomber dans l‘oubli et qui n’aura pas été capable de fermeté vis à vis des délinquants récidivistes ou des apprentis djihadistes. Si l‘esprit de justice sera bien porté,avec celui qu’on appelle « acquittator » (plus de 100 acquittements à son actif),  reste à savoir si notre grande gueule du barreau ne prêtera pas le flanc aux critiques de dogmatisme politique qui ne manquent pas d’être envoyées à son encontre, des Insoumis via Alexis Corbière jusqu’au Rassemblement National par la voix de Nicolas Bay.

Ses positions délibérément à gauche de l’échiquier et sa proximité avec Macron risquent d‘entacher les nombreuses procédures actuellement en cours contre les partis ou hommes politiques : de Fillon à Mélenchon ou le RN. Du jamais vu avec un Parquet National Financier, créature Hollandesque initiée ex machina après l‘affaire Cahuzac, et disposant du droit inimaginable, celui de s‘auto-saisir ou non d‘une affaire ! Ce qui est singulier dans une démocratie…

Le natif de Maubeuge devra aussi laver les soupçons le concernant vis à vis de sa mansuétude à l’encontre du terrorisme islamiste. On se souvient l‘avoir vu batailler ferme pour défendre le droit des combattants du djihâd, ceux-la même qui avaient pris les armes contre leur pays, la France…, à pouvoir venir se défendre lors de procès organisés à leur attention et sur le territoire. Pas sûr qu’une telle posture soit encore bien portée.
Finalement, l‘homme fort de la première promotion Castex, c‘est sans conteste Gérald Darmanin. À 38 ans, voilà le jeune loup de Tourcoing, petit fils d‘immigré algérien, propulsé place Beauvau, dans le ministère régalien par excellence, celui qui exige toutes les confiances et toutes les fermetés. Au delà du battage de l‘affaire Traoré, faut-il rappeler comme le fait Le Figaro que notre pays compte un demi-million d’illégaux et n‘expulse à ce jour qu‘un clandestin arrêté sur 10. Avec 170 000 demandes d‘asile par an, c‘est assez délétère alors que le chômage va exploser. Darmanin le sait. L‘homme de confiance de Xavier Bertrand, ce qui ne l’empêche nullement d’être aussi l’ami tant d’ Edouard Philippe que de Nicolas Sarkozy devient aussi pilier de la Macronie. Une belle aménité qu’il va falloir continuer d’entretenir. Il ne va pas être facile de pouvoir tout concilier. On n’a jamais vu un ministre de l’intérieur aussi jeune. En cas de parcours réussi, le Rastignac du grand Nord pourrait viser encore plus haut.


Roselyne Bachelot, de son côté, continue d’avoir plus d‘un tour dans son sac. À 73 ans, on croyait l’ex- ministre de la santé de François  Fillon un temps remise en lumière par sa bonne gestion des épidémies passées, se contenter de ses apparitions médiatiques de chroniqueuse libre sur LCI. Que nenni, Roselyne créé la surprise en acceptant de prendre la suite du discret Franck Riester même s’il n’a pas démérité. Le président du mouvement Agir, patron d’une importante concession automobile Peugeot de l’Est Parisien, passé par l’ISG, aurait sans doute été plus à sa place au ministère du commerce extérieur.

L’expérience et la bonhommie de Bachelot l’inépuisable ne seront pas de trop pour relancer un secteur sinistré, celui de la culture qui pèse autant au plan économique que celui de l’automobile. Placé à ses côtés, il y a 3 ou 4 ans, lors d’un dîner du Club Entreprendre où elle venait présenter son livre sur le grand musicien italien Verdi… elle ne semblait guère connaître le sujet (un comble), tout en prenant des notes. Inutile de dire que son intervention fut magistrale. Une vraie pro. Sa nomination va redonner espoirs aux seniors. Ne lâchez jamais…

Il est sûr qu’à côté, la nomination de la frêle Barbara Pompili propulsée numéro deux du gouvernement, fait moins d’effet. D’autant qu’on attendait au poste le populaire Borloo qui avait pris soin la semaine dernière de démissionner de son dernier mandat d’administrateur (chez Huawei). Il fallait bien trouver une parade. Forte de sa présence dans les équipées vertes depuis 2000, l’ancienne attachée de presse de Noel Mamère (en 2002) native d’Amiens, élue députée EELV en 2012, et Secrétaire d’État à la biodiversité sous Hollande devra faire preuve de patience tout en conservant son sempiternel sourire juvénile pour avaler toutes les couleuvres des décisions qui ne manqueront pas d‘être prises à Bercy ou à Matignon.

C‘est précisément parce qu‘elle n‘a pas grand poids qu‘on l‘a mise là et sûrement pas pour son score aux dernières municipales d‘Amiens où elle a réalisé, (rangée derrière celui de son compagnon Christophe Porquier) moins de 10% des votes, tandis que LREM soutenait la maire UDI Brigitte Fouré. À suivre, même si une bonne surprise n‘est jamais à exclure pour cette ambitieuse Sciences Po de 45 ans.

Un dont on va reparler de plus en plus, c‘ est le benjamin du gouvernement, Gabriel Attal, 31 ans. Celui-ci semble être à Emmanuel Macron ce qu’était François Baroin à Jacques Chirac. Un protégé avec l’aisance médiatique en plus, on l’a vu le soir de la déroute de LREM aux dernières municipales, où l’ancien promoteur du Service national universel a parfaitement assumé. Le petit chouchou du gouvernement est sans doute promis à un bel avenir à condition toutefois de ne pas trop recourir aux ressorts démagogiques. On l’a vu récemment demander aux grandes fortunes de participer davantage à la solidarité, dans un pays déjà record du monde des prélèvements !
Bruno Le Maire agrandit son périmètre, on s’y attendait. Chargé également de la relance, le patron de Bercy devra veiller à ce qu’aucune ETI ou grosse Pme ne morde la poussière sans être reprise par un groupe ou fonds si possible tricolore. La création d’un fonds de pension à la française, souscrit par les épargnants, serait une belle mesure pour y parvenir.


À 67 ans, l’ancien chauffeur taxi lillois, Alain Griset devient ministre délégué aux PME. Il est récompensé pour son travail d’explication et de modération auprès des petits entrepreneurs notamment lors de la crise des Gilets Jaunes. J’avais eu l’occasion de l’interviewer à ce moment-là (voir sur EntreprendreTV). Le président de l’U2P parlait déjà comme un ministre. Maintenant qu’il l’est, il lui reste plus qu’à faire ce qu’il disait à l’époque. Faire baisser les charges sociales sur ceux qui bossent !
À suivre.

Robert Lafont

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