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Dissolution : le RN va-t-il tomber dans le piège de Macron ?

Le scénario est machiavélique ! Le président de la République avait vraiment su garder le secret intact. Si la convocation de nouvelles élections législatives était bien sur toutes les lèvres, personne n’y croyait vraiment. Pour le Rassemblement National, cela constitue un cadeau empoisonné mais aussi une formidable aubaine pour lui permettre de démontrer qu’il est bien devenu une alternative crédible pour redresser le pays !

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Face à l’inexorable montée du RN, le paradoxe est qu’Emmanuel Macron ne peut s’en prendre qu’à lui-même. En s’échinant à ne pas s’attaquer de front aux problèmes de fond récurrents de la société française, et qui ont pour nom : l’insécurité, l’immigration clandestine ou le coût de l’État, le président a cru bon de devoir dissoudre l’Assemblée presque pour mieux dissoudre les problèmes. Et si on ne peut qu’approuver cette décision gaullienne de s’en remettre au peuple, il n’empêche qu’en donnant l’impression de vouloir davantage nier les sujets ou de mettre la poussière sous le tapis comme l’a fait durant la campagne des Européennes la souriante mais inopérante Valérie Hayer, la stratégie a plus agacé nos concitoyens passablement lassés de ces politiques de com.

Si le piètre score de 14,2 % de la liste Renaissance n’est pas une surprise, cette décision de dissolution en est bien une, surtout à quelques jours de l’ouverture des Jeux Olympiques de Paris. Dans un discours surprise diffusé en direct et en pleine soirée électorale, ce 9 juin 2024, le président a certes marqué les esprits mais il a surtout pris de court tous les appareils politiques, y compris chez ses partisans tels François Bayrou ou Rachida Dati, présents sur les plateaux télé, et qui ne cachaient pas leur désarroi.
Le temps pour faire campagne et s’organiser est plus que limité. Tout le monde est pris de court. Et tout se passe comme si le Chef de l’État avait voulu réduire au maximum les possibilités d’accords entre appareils et la capacité à mener campagne et avoir des débats. C’est étrange et en dit long sur d’éventuelles arrière-pensées politiques. Le président aurait voulu faciliter l’accession à l’Assemblée nationale d’une majorité RN qu’il ne s’y serait pas pris autrement !

Ce faisant, il laisse libre cours au principal parti d’opposition, le Rassemblement National, un parti arrivé en tête dans pratiquement toutes les circonscriptions et qui dispose à Strasbourg, avec 32 % des suffrages, d’un socle solide de 30 députés. Une sacrée performance qui ne doit pas monter à la tête de Jordan Bardella et Marine Le Pen. Ceux-ci seront-ils capables de tendre les bras à d’autres ? C’est toute la question. À commencer par le parti Reconquête et sa tête de liste, Marion Maréchal, qui pratique l’Union des Droites aussi bien sur le terrain que dans ses discours. Avec 5,3 % des voix, Reconquête disposera de 5 députés à l’Assemblée de Strasbourg. Une victoire symbolique pour ce jeune parti qui n’existait pas il y a encore deux ans, et qui fait presqu’aussi bien que le parti LR du raisonnable François-Xavier Bellamy avec ses 6 députés européens. Une victoire qui peut aussi se transformer en zéro pointé si Éric Zemmour et Sarah Knafo ne sont pas capables de négocier un minimum d’accord électoral avec le RN à l’occasion de ces législatives.

Un RN qui devra aussi savoir tendre les bras à Nicolas Dupont-Aignan, le valeureux président de Debout la France, qui, s’il n’était pas présent dans cette campagne, conserve un capital sympathie intact dans l’électorat souverainiste, sans oublier ni Florian Philippot (les Patriotes), ni François Asselineau, homme charpenté et cultivé, président de l’UPR, qui, de son côté, a sûrement pâti de ses prises de positions pro-Frexit, sans doute trop éloignées des préoccupations immédiates de l’opinion.

Emmanuel Macron, qui est tout sauf un naïf, a-t-il tendu, avec cette dissolution, un piège au RN ? La question est posée. C’est plus que probable. Deux cas de figure se présentent en effet : ou le bloc central arrive à s’organiser entre macronistes, centristes, modérés du PS et modérés des LR, et le président peut espérer pouvoir sauver d’une courte tête sa majorité à l’Assemblée sur un programme d’union nationale dit de « l’arc républicain ». C’est peu probable mais c’est le coup de dés opéré par les stratèges de l’Élysée qui peuvent vouloir miser aussi sur un ressaisissement de l’opinion rendu plus frileux sans parler du choc lié à l’inorganisation ou aux délais rapprochés d’une campagne nationale d’importance mais par définition devenue extrêmement courte !

Ou alors, c’est tout l’inverse qui va se produire. Avec des Français qui voudront transformer l’essai des Européennes et donner leurs chances aux élus RN de pouvoir enfin démontrer au gouvernement ce dont ils sont capables, sans aller jusqu’à leur confier encore le pouvoir suprême. Ce qui ne sera possible qu’en 2027, à la faveur des élections présidentielles. Cela se comprend et c’est le scénario le plus probable d’autant que les problèmes du pays ne peuvent que s’accentuer d’ici là compte tenu de l’impuissance actuelle.

La stratégie machiavélique tendue par Macron serait donc bien de mettre le RN au pied du mur, en nommant Jordan Bardella à Matignon pour se colleter de plein fouet avec la situation catastrophique du pays liée à l’endettement, aux déficits, à l’insécurité ou à l’immigration. Cela obligerait un gouvernement Bardella à prendre immédiatement des mesures courageuses et peut-être impopulaires. C’est tout le savant calcul fait aujourd’hui par les stratèges de l’Élysée qui oublient une seule chose dans leur beau raisonnement. À savoir qu’après 40 ans d’abandon et de déclassement ininterrompu de leur pays, beaucoup de citoyens sont désormais prêts à accepter des réformes difficiles dès lors qu’il y a une réelle possibilité d’embellie pour la nation toute entière.

Quand vous allez chez le dentiste, vous êtes prêts à souffrir un tant soit peu dès lors que vous savez que cela peut vous débarrasser de votre rage de dents. Nous sommes en salle d’attente !

Robert Lafont


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