L’Europe est-elle devenue une machine à impuissance collective ? Au lieu de nous renforcer, elle semble nous paralyser.

Au plan historique, faut-il rappeler, au passage, le coup d’État orchestré par l’arrêt Costa en 1964, qui a vu la Cour de justice de l’Union européenne déclarer la primauté du droit européen sur les droits nationaux alors qu’elle n’en avait ni le mandat ni l’autorité ?

Il aurait fallu au préalable la fondation d’un corps politique européen propre. Nous en sommes loin. Mais ce coup de force entraîne nombre de règlements et tracasseries dont notre administration se fait fort de veiller a l’application avec un soin zélé. Nous aurions gagné, à l’instar de nos voisins allemands, à faire de l’entrisme dans les sphères et bureaux des institutions à Bruxelles ou Strasbourg pour défendre d’avantage nos intérêts. Nous préférons y envoyer jusque-là nos représentants à recaser, souvent en repêchage d’élections perdues. Une méprise qui permet à de nombreux arbitrages de se faire à notre défaveur.

On vient de le voir par exemple avec le prêt géant de la BCE et le plan de relance de 750 milliards d’euros accordés aux pays membres et où notre pays devra rembourser bien plus que la plupart de ses partenaires, et cela se chiffre à plus de 10 milliards. Le Général de Gaulle ne voulait et encore l’a t’il accepté avec réticence que d’une communauté à six, où la France aurait pu exercer une forme de primauté. Inutile de dire qu’à 27, notre pays est relégué à rôle mineur celui d’un pays comme les autres. Nous sommes celui qui porte de fait la défense du continent tout entier.

L’Europe est devenue un slogan politique qui nous maintenant dans une forme d’impuissance chronique. Comme le rappelle à juste titre le philosophe et directeur d’études honoraire à l’EHESS, Pierre Manent, dans un entretien accordé au Figaro Magazine : « Jamais l’Europe n’a accepté de faire face à une urgence pratique, à une obligation d’action, à une nécessité d’obtenir un résultat contraint. » On vient de le voir spectaculairement avec les déboires de la politique vaccinale, malgré les efforts du méritoire Thierry Breton, qui fut un excellent président d’Atos.

Il est plus que temps de refonder l’Europe sur le lancement de projets communs et autonomes que rejoignent uniquement les pays qui le souhaitent. Comme on l’a fait récemment sur les batteries électriques même si on aurait dû éviter de se mettre dans la main des technologies coréennes. On peut aussi et doit l’entreprendre sur des programmes de défense, d’autonomie numérique, d’agro-Industrie, de recherche médicale, de Cloud, d’autonomie numérique, d’intelligence artificielle ou de recherche sur le nucléaire et les nouvelles énergies. Pour avancer, l’Europe ne peut le faire que sur du concret.

La Ligue des Champions en football a sans doute plus fait plus pour la conscience d’appartenance à une même communauté que tous les beaux discours de Jacques Delors ou d’Ursula von der Leyen. Soyons avant tout pragmatiques !

Robert Lafont

Envoyé de mon iPhone

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