Par Emmanuel JAFFELIN, philosophe non élu, électeur français Agrégé de Philosophie et auteur de l’Eloge de la Gentillesse (Bourin 2010, Pocket 2016) et de l’Apothéose des Ronds-Points (Amazon, 2019)

L’Abstentionnisme augmente régulièrement, à tel point qu’il serait peut-être temps de s’interroger sur la validité ou la péremption de la Démocratie ?

Pourquoi les électeurs sont-ils de plus en plus nombreux à ne plus aller voter ? Le rapport de la Démocratie au temps est, faut-il le mentionner, étonnant ! La technique nous fait sans cesse accélérer. En termes de transports, nous sommes passés du cheval à la voiture et au train, puis à l’avion. Tout va plus vite. Il est donc paru évident de voir un homme politique prendre en compte cette pratique de l’accélération ; et tel fut le cas de Jacques Chirac qui fit voter[1] le raccourcissement de la durée d’exercice de la fonction de Président de la République Française, la faisant passer d’une durée de 7 ans à une durée de 5ans, ce qui signifie deux choses :

  1. D’abord que le président doit faire en 5 ans ce qui était autrefois fait en 7 ans. IL doit aller 2 ans plus vite que les anciens !
  2. Ensuite que les électeurs doivent aller voter plus souvent, ce qui signifie que la démocratie , par son exigence électorale, fait perdre leur temps à ses citoyens.

Notons qu’il y a un écart temporel entre les différentes élections : les régionales, les départementales et les municipales élisent des citoyens pour une durée de 6ans alors que les députés et le Président de la République ne sont élus que pour 5 ans (sauf s’ils sont réélus), ce qui signifie que le temps est devenu un criterium de l’importance politique, le temps du mandat le plus court indiquant paradoxalement l’élection la plus estimable ! Mais ce raccourci du temps concernant les fonctions eligibles (une grande mode ! A quand l’élection pour 24h d’un Président du Monde ou de la Terre ?!) s’accompagne d’une augmentation du temps que les citoyens doivent consacrer à l’acte de voter. Plus l’élu est choisi pour sa brièveté dans le temps (qui tutoye l’inexistence historique !), plus l’élect-rice/eur doit amputer souvent son dimanche et retrousser ses manches afin d’aller voter pour des gens peu connus car instantanés et infra-historiques.

Dès lors, l’Abstentionnisme, à savoir ce refus d’aller voter qui est incarné par une grande partie des électeurs (taux record de 65,7% pour le second tour des élections régionales de juin2021, c’est-à-dire que presque 7 électeurs sur dix ne sont pas allés voter !). C’est peu dire que les citoyens français se moquent de la Démocratie, vue comme une dictature soft qui brûle le temps de ses citoyens. Or, le temps, c’est de l’argent !

Il serait peut-être alors audible de dire aux français que le démocratie (se) fatigue et qu’il serait peut-être af-futé de la remplacer par une quasi-monarchie ! Attention, je ne parle pas d’une monarchie heréditaire, mais d’une quasi Monarchie post-moderne que j’ai déjà évoquée (inventée ?) dans mon Archéologie du Rond-Point, Amazon, 2019, 0,99 euros). Il s’agirait d’élire un roi pour une durée de 30 ans. Et la condition de son élection, serait qu’il ait plus de 20 ans et moins de 30 ans afin d’avoir une énergie et un vouloir-vivre sans commune mesure avec le personnel politique actuel.

« Contre la Monarchie périmée et une démocratie fatiguée, inventons un Président Durable qui réconcilierait la vie politique avec la Durée. Les Gilets Jaunes en indique la voie. La couleur de leur gilet rappelle celle de la couronne ! Le Nouveau Président ferait, par conséquent, la synthèse entre la Monarchie et la République permettant à celle-ci de ne pas se soumettre à la mode et à la technique : il s’agirait d’une Démocratie ou d’une République Postmoderne ! Le président y serait élu, mais durablement ! L’idée peut paraître impossible parce qu’une telle République n’existe pas ; en réalité, elle n’existe pas car elle est, pour l’heure, seulement possible ![2] »

Conclusion : le signe, dont cet abstentionnisme paraît évident quoi que non-dit puisque tabou, n’est autre qu’un désir d’une partie du peuple français de changer de régime pour cesser de changer sans cesse d’élus aussi in-compétents qu’in-connus ! Sans revenir à la Monarchie, l’élection d’un président jeune, mais exerçant trente ans le pouvoir, vaut changement de régime, tellement nos démocraties aiment les changements temporels, mais haissent le changement de structure de la gouvernance et de la vie politique. Au royaume des aveugles , le borgne est roi !


[1] -Référendum sur le quinquennat présidentiel donne lieu à la loi constitutionnelle n°200-964 du  2 octobre 2000 qui limite le mandat à 5 ans et la limitation d’un Président à deux mandats consécutifs.

[2] – passage que vous retrouverez dans mon livre numérique « Apothéose du Rond-Point » (Amazon), dans le sous-chapitre intitulé « Cahier de doléances ».

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