Dans un entretien exclusif diffusé par l’IHU Méditerranée Infection, le Professeur Didier Raoult estime que l’Europe a « très mal géré la crise » et se montre sceptique sur l’efficacité du vaccin AstraZeneca, notamment face au variant sud-africain.

Comment la France et l’Europe se sont comportés face à l’épidémie

« L’Europe a globalement mal géré le problème. Pour toutes les décisions stratégiques qui ont été prises concernant le virus, nous avons à chaque fois été les derniers ! Nous avons été les derniers à faire des tests systématiques et cela a pris des mois pour pouvoir se mettre à niveau. Il y a eu un problème de retard de test, il y a un problème de retard d’hospitalisations, de retard de prise en charge…

Il y a eu un retard d’utilisation des technologies qui permettent de détecter quand les gens ne sont plus malades. Il y a eu un retard de test de génomes qui permettent de découvrir des variants qui éventuellement résistent aux thérapeutiques et aux vaccins. L’Europe croit trop à la magie et pense trouver à chaque fois une solution technique ou scientifique nouvelle. Or, il y a un problème de prise en charge médicale. La prise en charge médicale, c’est essentiel, il n’y a pas de baguette magique. »

Des tests qui n’ont été testés… par personne

« Quand on voit comment cette crise a été gérée et le nombre d’erreurs qui ont pu être commises, c’est absolument invraisemblable… Nous sommes passés d’une restriction absolue du nombre de tests à une génération de tests qui ont été faits dans la panique. Nous n’avons pas évalué les tests PCR. Il y a des faux positifs. Parmi les tests que nous avons réévalués, 20 à 40 % étaient faux. Les tests qui sont recommandés sur le marché n’ont été testés par personne. Nous nous sommes rendu compte que les tests avec la salive donnent 30 % de faux négatifs !

Nous verrons bien ce que donnera le vaccin, il peut permettre de diminuer le nombre de cas en particulier quand les virus qui circulent sont ceux qui sont ciblés par le vaccin, mais ça ne va pas arrêter les choses du jour au lendemain. Il va donc falloir revenir sur terre et prendre les gens en charge. »

L’efficacité très relative du vaccin AstraZeneca

« Pour la grippe, nous changeons tous les ans la composition du vaccin car il y a de nouveaux mutants. L’immunité contre les anciens mutants n’est pas aussi bonne que celle contre les nouveaux mutants. C’est probablement ce qui est en train de se passer en Afrique du Sud avec le vaccin AstraZeneca contre le spike de la première période, qu’on appelle le R0. Ce vaccin n’est pas aussi efficace contre le mutant sud-africain.

Ce dernier est arrivé en France. Nous le voyons assez fréquemment car il est venu des Comores, des îles qui ont le même virus que les Sud-Africains. Comme il y a beaucoup de Comoriens à Marseille qui ont transité par le Maghreb et en particulier par la Tunisie, il y a maintenant en France un peu plus de 500 mutants.

Ces 500 mutants sont compris dans le groupe du mutant anglais dans lequel à peu près un tiers semble être des mutants sud-africain ou brésilien. Ces mutants échappent donc au vaccin AstraZeneca.

J’espère qu’Olivier Veran, le ministre de la Santé, qui vient de se faire vacciner, ne viendra pas dans les quartiers Nord de Marseille puisqu’il risque d’attraper le nouveau mutant ! Il se peut qu’il ne soit pas protégé contre celui-ci. Les armes que l’on a contre ces virus vivants sont relatives, ce ne sont pas des armes de destruction massive. Dans cet affolement, des bêtises internationales ont été faites, car nous voulions absolument innover dans une situation de crise, sur des choses qui n’ont jamais été testées auparavant. »

La Covid, ce n’est pas la fin du monde

« La Covid-19 est une maladie importante dont il faut s’occuper, mais il faut remettre les choses en perspective : ce n’est pas la fin du monde ! Il ne faut pas ruiner le pays et rendre les gens fous parce qu’il y a une surmortalité chez les gens de plus de 75 ans. Il faut s’en occuper pragmatiquement et sans affolement. Peut-être que ça va s’arrêter du jour au lendemain. Nous n’en savons rien du tout. Personne ne peut le prédire. La science est quelque chose qui va lentement, au fur et à mesure. »

L’intégralité de cet entretien est à retrouver sur la chaine Youtube de l’IHU Méditerranée-Infection

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