Un appartement bien à soi, une maison individuelle avec un petit jardin… l’accession à la propriété est le rêve de 79 % des Français. Si le marché de la construction neuve tend à se développer, aujourd’hui 80 % des transactions s’effectuent dans l’ancien. Ce qui implique quasi systématiquement pour les particuliers de s’engager dans la rénovation du bien qu’ils ont acheté. La rénovation, c’est bien sûr le plaisir de repenser sa maison son appartement, mais c’est aussi se confronter à des entrepreneurs plus ou moins scrupuleux.

Soyons clairs, la majorité des entreprises du BTP sont fiables. Mais il suffit d’une petite poignée de moutons noirs, pour que les drames humains s’enchaînent. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en France, en 2017, 20 % des chantiers ont été abandonnés par les entreprises chargées des travaux. Plus inquiétant encore peut-être, 43 % des chantiers font l’objet de constatations de malfaçons, une réalité qui a de quoi inquiéter le particulier qui souhaite faire rénover un bien : si l’on prend les chiffres au pied de la lettre, quand on se lance dans une rénovation, on a, au minimum, 1 chance sur 5 de connaître de sérieux problèmes. Toute la question devient donc de savoir comment choisir son entreprise de BTP. Christophe et Kareen P pensaient s’être entourés de toutes les précautions.

Une entreprise basée à Juvisy-sur-Orge : Criabat 28

En 2021, ce couple de cadres décide de rénover entièrement leur maison des hauts de seine de 90 m2. « c’était notre rêve depuis que nous avions acheté cette maison ». Pour toute la famille, ce changement, c’est le changement d’une vie. « Franchement, ces travaux ne nous inquiétaient pas trop puisque nous avions confié les plans et le suivi du chantier à un cabinet d’architectes. La suite des événements nous a prouvé que cela ne suffisait pas ».

Montant des travaux : 200 000 €. En juillet 2021, le couple lance donc le chantier sous la supervision d’un cabinet d’architectes. Au départ ils veulent scinder les travaux et les confier à deux sociétés. L’une pour le gros œuvre : toiture, charpente, modifications des ouvertures à l’intérieur de la maison… l’autre pour les finitions. Sur le conseil de leurs architectes, ils sélectionnent pour le gros œuvre, la société, Criabat 28, basée à Juvisy-sur-Orge et qui officie dans la région de Chartres et en Ile-de-France, représentée par Faycal F. « Criabat 28 devait achever ses travaux en septembre, la 2e société devait ensuite arriver pour les finitions » explique Christophe P. Seulement voilà, en septembre, Criabat 28 est déjà très en retard… et la société chargée des finitions fait défaut. Elle annonce au couple qu’elle ne pourra pas honorer le chantier. Mais elle s’engage à rembourser l’acompte versé par le couple.

Ce coup du sort en aurait ébranlé plus d’un, mais Christophe et Kareen pensent avoir de la chance…   « Criabat 28 nous a proposé de récupérer l’intégralité du chantier. Bien sûr, nous avons hésité : cette entreprise était en retard, mais nous nous sommes dits qu’ils étaient là, que nous n’avions pas à trouver une autre entreprise… c’était la solution la plus simple à priori ». Si le couple accepte de confier l’intégralité de la rénovation à la société Criabat 28 dont ils ne sont pas complètement satisfaits, c’est parce qu’ils se pensent protégés par le contrat qu’ils ont signé avec l’entreprise, qui prévoit notamment des pénalités de retard. « Nous nous disions que l’entreprise s’exposait à de lourdes pénalités et donc qu’elle rattraperait son retard. En outre nous avons été assez naïfs pour nous imaginer que puisqu’ils récupéraient l’intégralité du budget, ils seraient encore plus motivés. Et puis, le directeur de l’entreprise, Faycal F. était avenant et sympathique, il savait s’y prendre pour nous rassurer. Il s’est posé en sauveur. Il nous a même dit que l’on serait chez nous à Noel. Parfois, on veut tellement se convaincre que les choses vont s’arranger, qu’on plonge. C’est ce que nous avons fait ».

Les excuses de Criabat 28

En octobre 2021 le couple commence sérieusement à s’inquiéter. Le chantier est de plus en plus en retard. Criabat 28 qui avait promis de mobiliser 6 ouvriers 5 jours par semaine, ne tient pas ses promesses. « Au mieux il y avait 2 ouvriers sur le chantier. Les premières semaines ils sont venus tous les jours, et puis progressivement ils sont venus de moins en moins ».

Le couple est dans une situation financière complexe : « puisque nous ne pouvons pas habiter notre maison, nous louons un appartement. Nous payons donc, le crédit initial de notre maison, le crédit travaux pour la rénovation, un loyer pour un type 4 et le garde meuble. Tout cela était prévu et budgété, mais avec le retard sur le chantier, nous avons compris que nous allions être rapidement pris à la gorge ».

Le couple ne reste pas inactif « on a relancé sans cesse l’entreprise, demandé aux architectes de gérer… et là les mensonges ont commencé. Fayçal F, le représentant de Criabat 28 a tout invoqué pour justifier son retard : le covid, les retards de livraison de matériaux… sauf que lorsque l’on demandait des preuves… il ne présentait rien. Alors il a changé de stratégie, il a affirmé à nos architectes que nous étions de mauvais payeurs ! »

Face aux architectes, la société Criabat 28, invoque effectivement dans des sms assez complexes à suivre, des retards de paiement et affirme que c’est la raison qui l’a amené à retirer ses ouvriers du chantier. « C’était complètement dingue, nous avons toujours payé toutes les factures qui nous ont été présentées, 15 jours après leur présentation ».

Notre journaliste a pu parcourir les pièces du dossier que Kareen et Christophe P ont constitué pour préparer une action en justice, effectivement la société Criabat 28 a bien été réglée pour toutes les factures qu’elle a émises. Systématiquement dans un délai inférieur aux 30 jours prévus par la loi et le contrat qu’ils ont signé avec l’entreprise.

Et les problèmes empirent encore. Christophe P découvre de nombreuses malfaçons lors de ses visites de chantier. « Les canalisations d’eaux usées ont été faites en dépit du bon sens, un IPN posé par la société s’est mis à cintrer au bout de quelques semaines ».

Au début, l’entreprise Criabat 28 reconnaît ses torts, reprend une partie des travaux contestés. « Ça peut paraître fou, mais quelque part ça nous a rassuré. Sauf que le problème c’est qu’à force de faire et de défaire, le chantier avançait encore moins ». Au fil des mois, la santé de Christophe P en pâtit lourdement. « Entre le travail, les courriers adressés à l’entreprise, le stress de savoir comment nous en sortir, j’ai fini par craquer. J’ai eu une première grosse alerte de santé qui m’a valu une hospitalisation. Une deuxième, 3 semaines plus tard. J’ai dû manquer plusieurs semaines de travail. Ma femme est devenue folle d’inquiétude, mes enfants eux aussi ont commencé à manifester de l’anxiété. Un jour mon fils de 10 ans m’a dit : papa, on y retournera plus jamais dans notre maison. J’ai essayé de le rassurer, mais une fois seul, j’ai pleuré ».

A partir de décembre 2021, la situation empire. Malgré des réunions, des tentatives de conciliation, des courriers, le passage d’un huissier qui constate le retard sur les travaux, l’entreprise Criabat 28 promet d’avancer, mais sur le chantier rien ne bouge. Criabat 28 envoie de temps à autre un ou deux ouvriers sur le chantier, sans doute pour éviter le constat d’abandon… Christophe et Kareen P décident de rompre le contrat qui les lient à Criabat 28. « Nous avons compris qu’ils ne termineraient jamais la rénovation de notre maison. Mais le pire, c’est que pour les sortir, si on veut respecter la loi, ça n’est pas si simple ! ». Effectivement, pour rompre ce type de contrat, il faut pouvoir motiver la décision, respecter un process juridique simple mais qui passe par un constat d’huissier, des courriers espacés dans le temps… et des frais d’avocat si l’on veut s’entourer de toutes les garanties.

De surprises…. en surprises !

Pour respecter la loi, le couple patiente encore près de deux mois avant de pouvoir enfin en finir avec Criabat 28 ! Et le tableau final est noir, très noir : « Le souci, c’est qu’entre les acomptes versés à l’ouverture du chantier, les commandes de matériaux qui ne sont jamais arrivés chez nous, les pénalités de retard, l’entreprise nous doit plus de 50 000 €. Et elle refuse de payer ». Cette somme est énorme. Le couple n’a pas d’autre solution que de souscrire un nouveau crédit pour y faire face. « C’est honteux, explique Christophe P, non seulement nous sommes endettés au-delà de ce que nous avions prévu, mais en plus, Criabat 28 a commandé avec notre argent, 8 fenêtres, porte fenêtres et velux, et refuse de nous les livrer. Au-delà de la perte financière, cela retarde encore plus notre chantier ! Il va nous falloir plus de 16 semaines pour obtenir de nouvelles fenêtres… ». Pour le couple c’est une catastrophe, mais malgré leurs demandes répétées, Criabat 28 et Faycal F. ne bougent pas et refusent de leur restituer les fenêtres qu’ils ont pourtant payer !

L’histoire pourrait s’arrêter là, mais ça n’est pas le cas. Très en colère, Christophe P commence à enquêter sur la société Criabat 28. Et là, il tombe des nues. Il découvre que la société en question a été condamnée en 2020 en référé par la cour d’appel de Versailles pour des faits similaires à ceux qu’il lui reproche. « Je ne comprends pas comment c’est possible. Cette société a déjà été poursuivie pour abandon de chantier et malfaçons. Elle a été condamnée en référé. Et elle continue comme si de rien n’était. Je trouve cela profondément immoral. La réalité, c’est qu’un particulier n’a aucun moyen tangible de vérifier la santé et la viabilité d’une société du BTP aujourd’hui en France. Je suis certain qu’il existe d’autres particuliers qui ont eu des démêlés avec cette entreprise. Je les cherche et je les trouverai ».

Parce qu’il refuse de voir Criabat 28 et son représentant Faycal F. s’en sortir comme ça, Christophe P  a demandé à son avocat de lancer une procédure en justice. Un cas assez rare, la plupart des particuliers ne lancent pas de poursuites dans des affaires de ce genre. Les procédures sont longues et coûteuses et les entreprises défaillantes ont souvent le temps d’organiser leur insolvabilité en déposant le bilan. Mais Christophe P est déterminé : « Nous avons de la chance. La plupart des gens qui se retrouvent confrontés à la situation que nous vivons, ne peuvent pas suivre financièrement. Ils se retrouvent avec une maison qui n’est pas achevée, ou qui comporte des malfaçons telles qu’ils ne peuvent pas y vivre. Ils ont tout perdu. Mais dans notre cas, nous pouvons faire face et nous le ferons. Donc nous irons en justice. Nous ne lâcherons rien ».

Quand on lui demande pourquoi il a accepté de témoigner dans nos colonnes, Christophe P répond qu’il sait qu’il va se passer 2 à 3 ans avant de connaître la décision de justice dans son affaire. « Je sais que la justice me donnera raison, j’ai toutes les preuves, tous les éléments, un bon avocat… Mais deux ou trois ans de procédure, c’est long. Pendant ce temps-là, si je ne fais rien, Criabat 28 et son responsable Faycal F. pourront continuer à signer de nouveaux chantiers. Alors je parle. Et je vais aussi suivre pas à pas l’avenir de cette entreprise. Avec internet aujourd’hui, on peut tracer ce genre de boîtes et j’ai des amis assez forts pour ce genre de choses. En plongeant dans le passé de Faycal F, le représentant de Criabat 28, j’ai découvert qu’il a été interdit de gestion. Qu’il a multiplié les sociétés : l’art de la maçonnerie, SGE Chartr’n… et bien d’autres. Toutes ont été liquidées. Si les dirigeants de Criabat 28 coulent volontairement leur entreprise et en montent une autre, je les retrouverai… Je suis combatif et très bien entouré. Bref, pour moi, cette histoire est loin d’être finie. Au-delà de la procédure en justice que je lance, je vais signaler Criabat 28 à la DGCCRF et relayer autant que possible notre histoire. Le judiciaire n’inquiète malheureusement pas assez ce genre d’entreprises. Les procédures sont trop longues. Moi j’ai tout le temps devant moi pour attendre la décision des tribunaux compétents… et d’autres armes à utiliser… Ca n’est pas une histoire de vengeance, c’est une histoire de justice. »

Alexandre Bodkine

Un droit de réponse nous a été adressé par la société Criabat 28.
Toutefois, nous précisons que nous avons essayé de joindre à plusieurs reprises M. Fayal Fadmi sur son numéro de téléphone personnel. Celui-ci n’a jamais répondu à nos appels.

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