taxe gafa

Une bonne idée en théorie peut s’avérer désastreuse en fonction de ses conditions d’application. Prenez cette fameuse taxe Gafa, initiée par la France, et notre ministre de l’économie Bruno Le Maire. Il n’y a rien à dire sur son principe. Il n’y a en effet aucune raison que les géants du numérique, américains en l’occurrence (Google, Apple, Facebook, Amazon) échappent à la fiscalité des pays européens contrairement aux autres entreprises. Via certains subterfuges (domiciliation en Irlande, transferts de facturation…), ces géants ne payaient jusque-là quasi pas d’impôts, alors même qu’ils sont en concurrence avec des distributeurs physiques (ou non) qui eux en payent — et beaucoup.

Il était donc normal que notre administration tente de récupérer des recettes fiscales, tant le préjudice pour le fisc est important et la concurrence injuste pour beaucoup d’autres secteurs. Le problème, c’est que nous faisons cavalier seul en Europe dans cette croisade. Et que cette taxe Gafa, nous sommes les seuls à la brandir sur le continent. Résultat, elle nous revient en boomerang. Et ce sont nos entreprises qui en payent les conséquences.

Taxe Gafa : une fausse bonne idée si la France est la seule à la porter

La filière vin, déjà mise à mal par le Covid (Thierry Blandinières, le patron de InVino Wine (Cordier, Val d’Orbieu, Vinadeis, Café de Paris…, 1,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires), devenu en trois ans l’un des trois principaux distributeurs de vins dans l’Hexagone avec le Groupe Castel et le groupe alsacien Grands Chais de France, me disait la semaine dernière que la moitié du vin dans l’Hexagone s’écoulait via les restaurants … On imagine donc le manque à gagner en 2020 ! Un secteur viticole mis à mal aussi dans ses débouchés américains et qui peut être être rejoint par le secteur des cosmétiques ou des sacs à mains aux États-Unis. L’administration Trump prévoit une augmentation des droits de douane supplémentaires de 25 % sur ces produits si la France ne gèle pas son projet de taxe Gafa.

Une rétorsion estimée à 1,3 milliards de dollars, qui ne serait pas appliquée au cas où il y aurait un accord trouvé à l’OCDE dans le cadre de négociations que la Maison Blanche a unilatéralement préféré suspendre mi juin. La menace est donc à prendre au sérieux ! Rappelons qu’outre-Rhin, Angela Merkel ne soutient plus la proposition de taxe numérique proposée par la France afin de ne pas mettre en péril l’exportation des berlines allemandes sur le marché américain. À Berlin, on défend toujours d’abord les… entreprises allemandes.

Orange, Telefonica, DT : les opérateurs télécom européens devraient créer un géant numérique mondial

À vouloir donner des leçons d’économie de manière unilatérale au monde entier, nous risquons de fragiliser, comme c’est déjà le cas pour la filière viticole aux Etats-Unis, de nombreux secteurs : le luxe, les cosmétiques et bien d’autres. Martine Aubry qui, en 2008, a initié les 35 heures, croyant diminuer le chômage, a affaibli durablement notre appareil industriel. Du reste, aucun autre pays ne nous a suivi sur cette mesure autoritaire qui coûte très cher à l’économie et au budget de l’État ! En fin de compte, on n’a jamais mesuré le nombre d’entreprises qui ont dû fermer à cause des 35 heures ni évalué le nombre d’emplois que cette mesure dogmatique avait contribué à détruire…

Ne recommençons pas la même erreur. Bercy serait donc bien avisé de retirer son projet de taxe, et de ne le porter que lorsqu’il sera soutenu au niveau européen. Dans le cas contraire, la meilleure manière de lutter contre les Gafa n’est-elle pas de doter l’Europe de géants du numérique ? Sans parler du moteur de recherche Qwant, qui n’est pas assez soutenu. Il n’est pas trop tard. Surtout si les opérateurs télécoms du continent (Orange, Telefonica, DT ou Nokia…) coopèrent. Cela pourrait aller plus vite que l’on ne le pense. D’autant qu’avec Thierry Breton, ex Pdg d’Atos et désormais commissaire européen au Marché intérieur, il y a à Bruxelles un industriel qui en veut et qui pense très exactement la même chose. Un « Airbus du numérique » européen, c’est maintenant qu’il faut l’entreprendre. Après, il sera trop tard. Et il ne faudra pas venir pleurer lorsqu’on s’apercevra que toutes nos données personnelles dépendent directement de New York and so on

Robert Lafont

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