Le père du Minitel, visionnaire du monde des télécoms est parti le 18 juillet 2021 dans une quasi indifférence. L’ancien patron d’Orange, Didier Lombard, ne me cachait pas au téléphone la place singulière que ce grand commis de l’Etat avait tenu au service de l’intérêt industriel collectif.

C’est à lui, ingénieur de l’école polytechnique et de l’ENS des télécommunications, que l’on doit en 1974 la relance et la modernisation de notre politique de télécommunications sous la houlette de Valéry Giscard d’Estaing. Le « 22 à Asnières » n’allait plus être qu’un mauvais souvenir propre à alimenter les sketches d’un certain Fernand Raynaud. En six années, de 1974 à 1980, la France rattrape son retard et passe de 6 millions d’abonnés à 17 ! Mieux : elle devient un pionnier innovant et à la pointe mondiale de la technologie.

Gérard Théry lance en 1978 Teletel, le réseau informatique français avec le fameux Minitel, véritable précurseur d’Internet. Mal conseillé, Francois Mitterrand sacrifia ensuite les efforts gigantesques faits en la matière par son prédécesseur parce que justement, c’était son prédécesseur qui les avait initiés. Une décision ruineuse et qui verra notamment la fameuse technologie Internet nous échapper en partie au profit des Américains qui surent la mettre à profit, avec les moyens du Pentagone et du capitalisme privé, en lui offrant les conditions d’un essor mondial.

Rappelons que Google a pu perdre pendant de nombreuses années des centaines de milliards de dollars avant de pouvoir tirer les marrons du feu. Il se passe actuellement la même chose avec le cloud. Et il serait assez pertinent que nos gouvernants arrivent à mettre en oeuvre un véritable programme industriel français ou européen de souveraineté en matière d’hébergeurs, de data centers et de protection des données numériques. Après tout, pour ce faire, pourquoi ne pas s’appuyer sur le leader français OVHCloud du fantastique Octave Klaba, même si ses actionnaires sont déjà en partie outre-Atlantique ?

Didier Testot, fondateur du site boursier « La Bourse et la Vie », me faisait remarquer récemment et à juste titre qu’une institution comme Euronext plaçait toutes ses données financières sécurisées de l’autre côté de l’Atlantique, sans visiblement trop s’en inquiéter. Ce n’est qu’un exemple parmi des milliers.

Au nom de Gérard Théry, lançons un vaste plan industriel de la souveraineté numérique. Cher Bruno Lemaire, il n’y a pas que les batteries électriques ou Carrefour. Les chantiers sont sur la table. Enclenchons. Après, il sera trop tard !

Robert Lafont

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