France, Meuse (55), Verdun, Monument aux enfants de Verdun morts pour la France // France, Meuse, Verdun, Monument to the children of Verdun died for France

Par Jacques MYARD, Maire de Maisons-Laffitte
Allocution du 11 Novembre 2021 

14-18, ces dates terribles, douloureuses et poignantes s’éloignent dans l’Histoire, elles portent à jamais des sacrifices indicibles, des noms de batailles formidables, des forteresses inexpugnables prises et reprises, des forêts réduites en cendres ;

Pendant 4 ans, 3 mois et 14 jours, ce sont des combats acharnés, la jeunesse française, allemande, britannique est fauchée à la fleur de l’âge.

La marche vers l’enfer s’inscrit dans des dates clés d’événements qui se sont enchaînés inexorablement, comme à la parade, un effet de dominos qui conduit à la guerre sans possibilité d’arrêter le sinistre engrenage :

-28 Juin 1914  assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand à Sarajevo en Bosnie-Herzégovine par le serbe Gavrilo Princip ;
-28 Juillet 1914 : L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie qu’elle d’être responsable de l’attentat ;
-29 Juillet : la Russie soutient la Serbie et mobilise ;
-31 Juillet : l’Allemagne mobilise à 16 H et déclare la guerre à 17 H à la Russie ;
– 1er Août : la France mobilise à 15 H 55 ;
– 3 Août : l’Allemagne déclare la guerre à la France ;

– 4 Août : l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne qui a violé la neutralité de la Belgique ;

-6 Août : l’Autriche-Hongries déclare la guerre à la Russie.

S’engage alors un conflit total, où le monde sombre dans un commun désastre, une guerre intégrale ; plus d’un milliard d’obus sont tirés, « un orage d’acier » permanent, écrit l’écrivain allemand Ernst Jünger.

En Août 1914 la moitié des Etats de la planète sont en guerre.
Les hommes au front,
les femmes entrent dans les usines et tournent les munitions,
les chevaux sont réquisionnés,
les pigeons voyageurs sont des courriers irremplaçables.

Le 22 Août 1914 lors des batailles des frontières, l’armée française perd en une seule journée 27 000 soldats, c’est le jour le plus meurtrier de l’Histoire de France.

Le 22 Avril 1915, Ypres en Belgique, les Allemands utilisent pour la 1ère fois du gaz chlore ; le lieutenant français Jules-Henri Guntzberger témoigne :
«  J’ai vu un nuage de couleur verte qui touchait le sol. Il avançait vers nous ».

Curé ou athée,
royaliste ou républicain,
aristocrate ou simple ouvrier,
officier ou soldat,

partis la fleur au fusil pour une guerre courte qui devait se terminer pour les vendanges, ils font face et tiennent dans ce brasier d’obus, de pluie et de boue.

Plus de 400 000 tirailleurs sénégalais viennent les renforcer, ils sont originaires du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Dahomey, de La Guinée, du Mali, de la Haute-Volta, du Niger, de La Mauritanie, de Madasgar.

En Juin 1915 les Allemands lancent la guerre sous-marine, coulent le Lusitania, un transatlantique sous pavillon britannique transportant des civils, provoquant la colère des Etats-Unis.

Le 25 Mai 1915 l’Italie déclare la guerre à l’Autriche.

Le 21 Février 1916, les Allemands attaquent les forteresses de Verdun, c’est l’une des plus grandes bataille de l’Histoire , 700 000 soldats sont tombés au champ d’honneur.

Le 31 Mai 1916, bataille navale du Jutland, l’amiral Jellicoe commandant la Royal Navy, perd 14 navires, mais force la Hochseeflotte à rompre le combat et à se réfugier dans son port d’attache, Wilhelmshaven, d’où elle ne ressortit plus.

« L’amiral Jellicoe avait toutes les qualités de Nelson, sauf une, il ne savait pas désobéir »
Winston Churchill.

Le 6 Avril 1917 les États-Unis entrent  en guerre.

En Novembre 1917, l’empire des Romanov s’écroule, les Bolcheviks signent le traité de Brest-Litovsk qui met un terme à la guerre de la Russie avec l’Allemagne.

Le 14 Avril 1918 Foch est nommé généralissime des  armées alliées en France.

Georges Clemenceau commente après la guerre cette nomination :
« J’ai adopté ce fou qu’était Foch, c’est ce fou qui nous a tirés de là… ».
Il l’a préféré à Pétain, jugé trop prudent.

Le 21 Mars 1918 les Allemands lancent une formidable offensive, la Kaiserschlacht, la bataille de l’empereur, elle se termine en Juillet 1918 par la défaite allemande, l’armée du Reich est épuisée, sa logistique en déroute.

Les Alliés mènent la contre-offensive, le 8 Août est pour Ludendorff, général en chef allemand, « la journée de deuil de l’armée allemande ».

Le 4 Octobre 1918, les gouvernements allemand et austro-hongrois demande au président américain Wilson un armistice.

Le 5 Novembre à Kiel les marins allemands se révoltent.

Le 9 Novembre 1918 Guillaume II abdique, il se réfugie aux Pays-Bas et déclare :
« Ich habe es nicht gewollt ”  (Je n’ai pas voulu  ça )

Le 11 Novembre 1918 dans la clairière de Rethondes à 5h 15 Foch signe l’armistice avec les plénipotentiaires allemands, les combats cessent à 11H.

24% de la classe 14 née en 1894 est tombée au champ d’honneur,
9,5 millions de soldats tués pour l’ensemble des belligérants,
1,4 million  français
2 millions allemands
1,8 million russes
680 000 britanniques

73,3 millions d’hommes ont été mobilisés dont 7,9 millions de Français ; 13,2 millions d’Allemands ; 8,9 millions de Britanniques.

300 000 « gueules cassées » reviennent des combats , ils sont 15 000 en France.

3 millions d’hectares sont impropres à l’agriculture.

Du côté français, comme du côté allemand, des écrivains sont tués, laissant des œuvres inachevées :

Charles Péguy
Alain Fournier
René Dalize
Louis Codet
André du Fresnois
Léon de Montesquiou
Louis Felix de la Salle
Jean de Mirmont

Du côté allemand:
Hermann Löns
Ernst Stadler
Walter Heymann
Walter Fley

La revue allemande « Die Aktion » publie la poésie du Front «  Die Frontdichtung » et dépeint sans concession la brutalité et les horreurs de la guerre.

On se souvient de Lucain, auteur du Pharsale :

«  Je chante les guerres plus que civiles…le crime  prenant force de loi…toutes les forces du monde ébranlé servant à un crime commun ».

14-18 une guerre civile si on juge ce conflit à l’aune de la paix retrouvée en Europe.
Mais ce conflit dépasse largement la guerre civile en ayant ruiné notre propre culture :
«  Nous autres civilisations savons que nous sommes mortelles ».  Paul Valéry

L’armistice est signé, la guerre est terminée, mais la paix n’est pas gagnée.

Le 11 Novembre 1918 à Berlin, le nouveau président du Reich Friedrich Ebert salue le retour des soldats  « invaincus » du champ de bataille.
« Kein Feind hat euch überwunden »  ( aucun ennemi ne vous a vaincus )

Ainsi va se développer dans la jeune République de Weimar la légende du coup de poignard dans le dos, la « Dolchstosslegende » qui disculpe les militaires de la défaite, défaite qui serait la conséquence de la trahison des civils, des juifs, des révolutionnaires de gauche. Mouvement politique qui nourrit la montée des nazis.

Le Traité de Paix est signé à Versailles le 28 Juin 1919 avec l’Allemagne, le 28 Juin c’est la date anniversaire de l’attentat de Sarajevo.

On connaît la suite, le refus des États-Unis de le ratifier, emportant dans ce refus la non ratification de la SDN, la Société des Nations, qui devait assurer la paix.

L’Allemagne est déclarée responsable des destructions, et doit payer 132 milliards de Mark-or; la France devait percevoir 69 milliards, elle ne reçut que 8 milliards.

« Trop dur dans ce qu’il avait de mou et trop mou dans ce qu’il avait de dur »  juge Jacques Bainville; le traité de Versailles, en dehors de l’Alsace et la Lorraine rendues à la France fut un échec et ne put sceller la réconciliation entre la France et l’Allemagne, malgré la tentative Briand-Stresemann qui reçoivent en 1926 le Prix Nobel de la Paix.

La fureur des combats de 14-18 a empli le XXème siècle, les conséquences, les enseignements de 14-18 emplissent toujours la vie internationale de l’humanité.

Célébrer le 11 Novembre, c’est avant toute chose garder en mémoire les sacrifices de nos aïeux, nous leur devons notre liberté, l’indépendance de la patrie face à un conquérant impérialiste, sûr de lui-même et dominateur.
Leurs noms sont gravés dans ces monuments que chaque ville, chaque village a érigé en leur mémoire, n’oublions pas qu’ils sont encore des dizaines de milliers qui dorment en paix dans la terre de Champagne, de la Somme ou à Verdun, soldats inconnus.

Célébrer 14-18, c’est comprendre les raisons profondes, les causes de cette guerre mondiale qui a bouleversé le siècle et conduit à la Seconde Guerre mondiale.

La guerre était inéluctable pour le Kaiser Guillaume II, à plusieurs reprises il s’en est ouvert au roi des Belges, la guerre était dans son esprit le recours logique à sa volonté de puissance.
Lors de la crise des Balkans, Berlin a pesé de tout son poids sur Vienne pour rendre inacceptable pour la Serbie l’ultimatum austro-hongrois.

L’emploi de la force armée, le recours à la guerre demeure une donnée fondamentale des relations internationales alors même que le Pacte Briand-Kellog signé à Paris le 27 Août 1928 « condamne le recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux ». Une utopie pacifiste loin, très loin des réalités.

Le fanatisme de l’islamisme nous le rappelle fermement et nous invite à ne pas baisser la garde.

Toute nation désarmée est une nation méprisée, la proie des nations impérialistes frappées d’Hubris.

Célébrer 14-18, c’est comprendre que tous les empires sont mortels, la disparition des Romanov suivi de l’URSS, des Hohenzollern, des Habsbourg est une constante de l’Histoire.

Les nations demeurent les forces indicibles qui traversent les siècle, elles sont hier comme demain le fondement structurel des relations internationales, l’identité immuable des peuples.

Préservons-nous des constructions utopiques qui prétendent dépasser, ignorer la réalité intangible des nations, en Europe notamment.

Célébrer 14-18 c’est garder en mémoire l’avertissement, les enseignements de l’engrenage des alliances, des événements de Juillet 1914 qui ont scellé le destin tragique de l’Europe .

L’atome rend sage, professait le général  Gallois; certes, mais la montée des tensions internationales avec le rappel incessant des garanties des alliances vont-elles accroître les risques d’affrontement ?

Le dilemme est réel, le risque se joue entre la parole donnée et inscrite dans le « Pacta Sunt Servanda » des alliances et la marche vers des conflits qui ne sont pas les nôtres.

La France doit en avoir conscience et garder en toutes circonstances la maîtrise de sa politique étrangère, la maîtrise de son destin.

Vive les Poilus de 14-18,
Vivent les Nations européennes réconciliées,
Vivent nos alliés,
Vive la République,
Vive la France !

Jacques MYARD
Membre Honoraire du Parlement
Maire de Maisons-Laffitte
Président du Cercle Nation et République

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