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Portraits de ministres

Bernard Pace

Le gouvernement d'Edouard Philippe, premier du quinquennat d'Emmanuel Macron, a été nommé le mercredi 17 mai. Ils sont 22 (11 hommes et 11 femmes) dont 3 ministres d'Etat. Portraits.

Le gouvernement d'Edouard Philippe, premier du quinquennat d'Emmanuel Macron, a été nommé le mercredi 17 mai. Ils sont 22 (11 hommes et 11 femmes) dont 3 ministres d'Etat. Portraits.

 

Si Jean-Yves Le Drian prend les Affaires étrangères, Gérard Collomb, soutien de la première heure d'Emmanuel Macron, sera lui à l'Intérieur. François Bayrou, soutien actif du Président, devient Garde des Sceaux et ministre de la Justice. Le médiatique Nicolas Hulot débarque à l'Ecologie, avec un ministère de la Transition écologique et solidaire. Ce premier gouvernement est celui qui va devoir affronter les élections législatives. Il panache des responsables de droite, de gauche, du centre et de la société civile.

 

 

Gérard Collomb, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur

 

C'est lui qui s'était montré ému aux larmes lors de la passation de pouvoir à l'Elysée, «un moment extrêmement fort» avait-il confié par la suite. Nommé ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, il a été le premier grand élu à croire en Emmanuel Macron, frappé dès 2015 par le charisme et la vision du monde du jeune ministre de l’Economie. «C’est le seul qui voit que la France a changé» répète celui qui s’est mis au service du nouveau Président, au point de faire de sa ville (Lyon, dont il est sénateur-maire) la capitale de la macronie.

 

C’est ici qu’il a commencé à convaincre, à gauche, à droite et au centre, les élus à se mettre en marche avant de sillonner le pays pour porter la bonne parole et intégrer le premier cercle autour du candidat. Malgré la génération qui les sépare, Gérard Collomb, qui aura 70 ans en juin prochain, s’est tout de suite retrouvé dans ce Macron, homme de lettres, qui transcende le clivage gauche-droite et qui mise sur l’économie.

 

Et pour cause! Gérard Collomb, est agrégé de lettres classiques, et le socialiste de la première heure a réussi à se mettre dans la poche le monde économique lyonnais. C’est également avec une majorité élargie, au centre et même à droite, qu’il dirige, depuis 2001, la ville de Lyon et son agglomération.

 

Chantre de l’innovation, il a fait de sa ville un véritable laboratoire urbain dont il vente régulièrement le modèle, rappelant que c’est ici qu’est née, en 2015, la première métropole de France. Mais préférant le terrain à Solférino, Gérard Collomb, en 40 ans de carrière, n’avait jamais eu les honneurs d’un gouvernement. A 69 ans, il fait son entrée par la grande porte dans le premier gouvernement du quinquennat Macron qui lui confie l’Intérieur. La sécurité, un sujet qui lui est cher.

 

Il en avait fait sa priorité, en 2001, en arrivant à la mairie de Lyon, en généralisant la vidéo surveillance, en augmentant les effectifs de police et en rapprochant la police municipale et la police nationale. «La sécurité est la première des libertés» a-t-il l’habitude de répéter.

 

 

Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire

 

Il est l'un des trois ministres d'Etat nommé dans le gouvernement d’Edouard Philippe et il a, en charge, le ministère de la Transition écologique et solidaire. Animateur sur TF1 de l’émission Ushuaïa (de 1987 à 2011), l'écologiste a plusieurs fois voulu se lancer dans le grand bain politique. En 2007, il avait travaillé plusieurs semaines pour être candidat à la présidentielle avant de renoncer.

 

En 2012, il s'est lancé, mais s'est heurté à la primaire des écologistes où il a été battu par Eva Joly. En février 2016, sa mission d'envoyé spécial pour la planète, auprès de François Hollande, en préparation de la COP21, s'est achevée. Après de longues hésitations, il a lui même annoncé sur Twitter qu'il n'intégrerait pas le gouvernement Valls, malgré les propositions du chef de l'Etat. Avec ses équipes, il s'est ensuite à nouveau préparé à être candidat à la présidentielle de 2017 pour, finalement, renoncer en juillet 2016.

 

Pour Emmanuel Macron, c'est une belle prise. Avant lui, plusieurs présidents ont tenté de le faire entrer au gouvernement. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, tous s'y sont cassé les dents. «Nicolas Hulot a conscience de la nécessité d'agir, si vous le prenez bien, vous pouvez le convaincre», rapporte un ami. «Nicolas Sarkozy n'avait pas su faire, avec lui, Macron, si». Pourtant, ce n'était pas gagné d'avance.

 

Plusieurs fois, Nicolas Hulot a montré qu'il n’était pas emballé par le candidat Macron. Dans l'entre-deux-tours, il a expliqué qu'il voterait pour lui «par raison et non par adhésion». Il a notamment écrit, dans une tribune au Monde: «M. Macron, ce vote de raison et de responsabilité au deuxième tour vous oblige plus qu’il nous oblige. Il ne s’agit, en aucun cas, d’un chèque en blanc et encore moins d’une adhésion sans réserve à votre projet qui, sous bien des aspects, n’a pas pris la mesure de l’exigence de solidarité dans laquelle se trouvent le pays, l’Europe et le monde». C’était on ne peut plus clair!

 

Après son élection à l'Elysée, Emmanuel Macron a entamé en douceur des discussions avec Nicolas Hulot. Certains de ses proches, dont Matthieu Orphelin, ancien porte-parole de la fondation Hulot, avaient déjà rejoint En Marche! D'autres, comme l'eurodéputé Pascal Durand, était plus sceptique face au programme de l'ancien ministre de l'Economie, très pauvre en propositions écologiques.

 

«Nicolas a beaucoup hésité», confirme Pascal Durand. Mais je lui ai dit : «Vas-y, prends ta chance, ça ne peut pas être pire avec toi que sans toi!». Et il a dit oui… Pour Emmanuel Macron, l'arrivée de l'écologiste préféré des Français au gouvernement est une façon de tenir sa promesse de renouveau. Surtout, accusé pendant la campagne de négliger l'environnement, il affiche par cette nomination qu'il compte bien y accorder une vraie place.

 

Il restera à voir si cela se traduit réellement dans sa politique. Cécile Duflot l'avait mis en garde, alors que son arrivée n'était encore qu'une rumeur, contre le risque de n'être «qu'un trophée». Novice dans le travail ministériel, Nicolas Hulot sait, d'ores et déjà, qu'un gros dossier l'attend: le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Pendant la campagne présidentielle Emmanuel Macron a expliqué qu'il se donnerait six mois pour statuer sur ce projet.

 

Le nouveau ministre arrive sur un terrain miné. «Je considère que l'urgence de la situation m'impose de tout tenter pour faire émerger le nouveau modèle de société que nous appelons collectivement de nos voeux», a réagi Nicolas Hulot, sur Twitter, juste après l'annonce de sa nomination.

 

 

François Bayrou, ministre d’Etat, Garde des Sceaux, ministre de la Justice

 

Agrégé de lettres modernes, François Bayrou, marié et père de six enfants, a grandi dans une famille d’agriculteurs à Bordères (Pyrénées-Atlantiques), où il est toujours domicilié. Il est récompensé pour son soutien à Emmanuel Macron dans la campagne présidentielle.

 

A 66 ans, c’est un allié de poids pour le Emmanuel Macron. Le Président du Modem est le nouveau Garde des Sceaux, avec le rang de ministre d'Etat. Il succède à Jean-Jacques Urvoas. Cette nomination à un poste régalien n'est pas une surprise, tant son alliance avec Emmanuel Macron, scellée le 22 février dernier, a pesé dans le succès électoral du candidat d’En Marche! François Bayrou aura en charge la mise en oeuvre d'une grande loi de moralisation politique, qui était la condition de son soutien à Emmanuel Macron.

 

Le maire de Pau (Pyrénées-Atlantiques) et Emmanuel Macron partagent une même vision de rassemblement au-delà du traditionnel clivage gauche-droite. Mais sa personnalité très indépendante a déjà donné lieu à des turbulences. Le président du MoDem a vivement déploré le nombre de places accordées à ses troupes parmi les candidats d’En Marche! investis pour les législatives. Un coup d’éclat qui s’est finalement soldé sur un «accord solide et équilibré», dixit le centriste.

 

Avant de s'allier à l’ancien ministre des Finances de François Hollande, François Bayrou avait soutenu, l'hiver dernier, Alain Juppé, battu par François Fillon lors de la primaire à droite. Le leader centriste a déjà une longue carrière politique derrière lui. Il a été député des Pyrénées-Atlantiques (1988-2012), conseiller puis Président du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques (1992-2001) et député européen (1999-2002).

 

Il a été ministre de l’Education nationale, de 1993 à 1997, d’abord sous Edouard Balladur, puis dans le premier gouvernement d’Alain Juppé, après la victoire de Jacques Chirac à la présidentielle de 1995. Leader de l’UDF, il s’est présenté trois fois à l’élection présidentielle, en 2002 (6,84%), en 2007 (18,57%), puis en 2012 (9,13%), sous les couleurs du MoDem. Son appel à voter pour François Hollande, contre Nicolas Sarkozy, dans l’entre-deux-tours de 2012, lui a valu de profondes inimitiés à droite, sans être remercié en retour par le Parti Socialiste.

 

Mais celui qui était donné pour «mort» politiquement, après son échec aux législatives de 2012, a su rebondir en parvenant à se faire élire maire de Pau, en 2014, lors sa troisième tentative.

 

 

Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères

 

Durant la campagne présidentielle, Jean-Yves Le Drian a soutenu Emmanuel Macron dès le premier tour. Ce dernier, qui a fait du renouvellement, sa marque, a toujours dit que ce serait le seul ministre de François Hollande qui aurait droit à «un traitement spécifique». En effet, c’est le seul ministre de François Hollande (à part Annick Girardin qui a été deux ans ministre dans le gouvernement Valls) à rempiler.

 

Mais son ministère est une surprise car beaucoup pensaient qu'il garderait le ministère de la Défense, qu'il a occupé pendant tout le quinquennat Hollande. A 70 ans fin juin, Jean-Yves Le Drian est respecté, à gauche comme à droite. Il est aussi le Président de la région socialiste de Bretagne et il est l'un des six ministres à avoir fait la totalité du quinquennat. De nature discrète, Jean-Yves Le Drian s'est imposé à la Défense, depuis 2012, et les militaires ont vite apprécié celui qui a su tenir la barre durant les opérations extérieures.

 

Les industriels ne tarissent pas d'éloges sur le ministre qui a su vendre tant de rafales et de sous-marins. Ses qualités de fin négociateur devraient être appréciées au Quai d'Orsay. Historiquement proche de François Hollande, en fin de quinquennat, le ministre a commencé à prendre ses distances avec le Président. Il n'avait notamment pas apprécié les confidences du chef de l'Etat aux journalistes Davet et Lhomme, rapportées dans «Un Président ne devrait pas dire ça». Il avait notamment dévoilé quelques secrets sur des opérations militaires.

 

Jean-Yves Le Drian a ainsi été le premier ministre de poids à émettre, publiquement, en novembre dernier, l’hypothèse d’une candidature de Manuel Valls si François Hollande n'y allait pas. Des propos qui avaient été vécus comme une trahison de la part du premier cercle de l'ancien chef de l'Etat socialiste.

 

 

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé

 

Comme bon nombre de ses prédécesseurs, c’est une médecin (spécialiste d'immunologie des tumeurs et de la transplantation) qui prend les rênes du ministère de la Santé. Professeur spécialisée en hématologie, enseignante et chercheur, Agnès Buzyn avait été nommée, par François Hollande, en mars 2016, présidente de la Haute autorité de santé (HAS) après avoir fait ses preuves à la tête de l'Institut national du cancer. Quelques heures avant sa nomination surprise, cette femme de 54 ans présidait, mercredi matin, une conférence de presse à la HAS, à Saint-Denis, près du Stade de France.

 

Son thème : l’introduction des tests ADN de dépistage prénatal de la trisomie 21 dans le dispositif officiel de santé national. Issue d’une famille de médecins, ancienne interne des Hôpitaux de Paris, Agnès Buzyn a réalisé la majeure partie de son parcours de clinicienne hématologue et d’universitaire à l’Université Paris V-Hôpital Necker.

 

Elle a été responsable de l’Unité de soins intensifs d’hématologie adulte et de greffe de moelle de 1992 à 2011. Comme chercheur, ses travaux ont donné lieu à plus de 150 publications dans des revues scientifiques en langue anglaise. Elle gardait jusqu’à présent une activité de consultation d’hématologie à l’hôpital Saint-Antoine à Paris.

 

 

Françoise Nyssen, ministre de la Culture

 

Appelée à rejoindre, dès le commencement, les éditions Actes Sud, fondées à Arles, en 1978, par son père Hubert Nyssen (1925-2011), Françoise Nyssen dirige la maison depuis le début des années 80. Au départ, pourtant, rien ne la destinait à devenir éditrice. Française née en Belgique, elle a acquis, à Bruxelles, une formation de chimiste et elle a fait des recherches en biologie moléculaire. Elle a également un diplôme d'urbanisme.

 

En tant qu'éditrice elle affirme continuer à appliquer la maxime de son fondateur «éditer, c'est découvrir». Directement issue de la société civile, Françoise Nyssen, 65 ans, est connue pour son engagement citoyen et une détermination sans faille qui a fait, d’une «petite» maison, l’un des fleurons de l’édition française. Sous sa houlette, Actes Sud est passé du statut d'éditeur discret à celui d'éditeur en vue.

 

Silhouette longiligne, cheveux poivre et sel, coupés au carré, fines lunettes rondes, cultivant une allure élégante et décontractée, Françoise Nyssen avait elle-même guidé le candidat Emmanuel Macron lors de sa visite au Salon du livre de Paris au printemps. Françoise Nyssen est l’heureuse éditrice de trois Prix Goncourt (Laurent Gaudé, Jérôme Ferrari et Mathias Enard) et de deux prix Nobel de littérature (Imre Kertész et Svetlana Alexievitch).

 

Engagée et défricheuse en littérature, elle a publié des auteurs comme l’Algérien Kamel Daoud, le Britannique Salman Rushdie, la Turque Asli Erdogan ou l’Américain Paul Auster. Mais sa maison peut aussi se targuer d’être l’éditeur de la série de polars suédois “Millenium”, imaginée par Stieg Larsson et poursuivie par David Lagercrantz ou du best-seller mondial "Le charme discret de l'intestin" de l'Allemande Giulia Enders. Au fil des ans, Actes Sud est devenu un des plus importants éditeurs français composé d'une galaxie d'éditeurs (Payot & Rivages, Le Rouergue, Jacqueline Chambon, Sindbad, etc.), qui a réalisé en 2015 un chiffre d'affaires de 85 millions d'euros.

 

Passionnée de musique, elle est l’un des membres fondateurs de l’Association culturelle du Méjan dont l’objet est d’organiser des concerts, des expositions, des rencontres littéraires et cinématographiques au Passage du Méjan, à Arles, qui est son lieu de vie et le siège social des Editions Acte Sud. Elle a effectué ses premiers pas, en tant que ministre de la Culture, lors du festival de Cannes qui s'est ouvert mercredi. Il était prévu qu'elle reçoive un prix pour une collection de livres de cinéma qu'elle publie depuis 25 ans, en partenariat avec l'Institut Lumière.

 

L'an passé, l'éditrice est entrée à la commission de l'avance sur recettes, présidée par Teresa Cremisi, ancienne PDG de Flammarion. Réagissant à sa nomination, le président du Festival de Cannes, Pierre Lescure, a écrit sur son compte Twitter: «Françoise Nyssen, ministre de la Culture... Quel bon choix, quelle bonne nouvelle pour ce ministère!». Elle succède, rue de Valois, à Audrey Azoulay, l'ancienne directrice du CNC, qui occupait le poste depuis le 11 février 2016.

 

 

Bruno Le Maire, ministre de l'Economie

 

S’il avait déjà annoncé vouloir s’associer à la majorité présidentielle, le député de l’Eure récolte là un poste clé du futur quinquennat. C’est une véritable prise chez Les Républicains. Il se fait élire député, en 2007, refusant un poste d'ambassadeur à Rome. Dans l'Eure, où sa grand-mère a eu une maison, explique-t-il, «L'arrivée du Parisien n'a pas été facile». Jean-Louis Debré, qui lui a donné les clés de sa circonscription, souligne, admiratif: «Au niveau local, il a fait un sans-faute et il a réussi à s'imposer. C'est un bon député car il a su prendre le tempérament de la circonscription».

 

A l'Agriculture, un secteur qui lui était complètement inconnu, il réussit, comme ministre de Nicolas Sarkozy, à se faire accepter des paysans et il doit faire face, en 2009, à une crise du lait particulièrement aiguë. A l’époque, Bruno Le Maire convoite aussi Bercy. Las, à la faveur d'un remaniement, c'est un autre quadra, François Baroin, qui l'emporte, au terme d'un affrontement féroce. C'est sa «première épreuve politique», raconte-t-il.

 

Depuis 2008, l'homme qui goûte les lettres et a fait son DEA sur Proust, s'est mis à coucher sur papier les coulisses du pouvoir. Ses détracteurs disent ne pas toujours s'y retrouver. Mais son talent d'écrivain est reconnu. Publié chez Gallimard, ce passionné de musique classique a aussi écrit un roman intitulé "Musique absolue». Père de quatre enfants, marié à une artiste peintre, la foi en son destin semble toujours l'accompagner.

 

Une «ambition démesurée» grincent, depuis longtemps, en coulisses, ses détracteurs, qui l'ont accusé d'avoir pris des positions très à droite et d'avoir utilisé de manière démagogique l'argument porteur du «renouveau». L'automne 2014 lui avait été plus profitable car il récoltait 30% en défiant Nicolas Sarkozy pour la présidence de l'UMP, et en prenant de l'avance chez les quadras de droite qui rongeaient leurs freins. Ce brillant élève des beaux quartiers, normalien et énarque, qui a «grandi dans les couloirs des cabinets ministériels», comme il le dit lui-même, a plutôt l'allure d'un conseiller de l'ombre.

 

 «Débarrassez-vous de votre côté bon élève. Moi, à votre place, je mettrais des bottes, une vieille parka et je ferais le tour de la France», lui avait glissé, un jour de 2011, un de ses mentors, Dominique de Villepin, dont il a été directeur de cabinet à Matignon. Il force sa nature, délaisse la cravate, remonte ses bras de chemise et tient des réunions publique façon stand up. Jean, petit blouson décontracté, photos et design étudiés, la mise en scène de sa campagne est léchée. Il s'adjoint même les conseils d'un metteur en scène de théâtre. Il rencontre un certain succès chez ceux qui veulent voir du «sang neuf» apparaître à droite. Surnommé «BLM», le candidat est entouré d'une équipe entraînante, qui le met parfois en boîte.

 

Malgré ses efforts à incarner le «renouveau» à droite, lors de la primaire de la droite, en 2016, ce techno lettré n'a rien abandonné de ses grandes ambitions. A 48 ans, il n'a finalement pas «créé la surprise», coincé entre Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon. A la peine dans les débats télévisés, recadré par ses aînés, il finit cinquième, avec un score très décevant, alors qu’il se présentait comme l'homme du renouveau.

 

Après quatre années de déplacements dans toute la France et des sondages qui l'avaient placé bien plus haut, le quadra est abattu: «C’est une grande leçon d'humilité» , confie-t-il, alors, quelques jours plus tard. Il est le seul à droite à avoir annoncé la couleur, au soir de la victoire d’Emmanuel Macron, en se disant prêt à «travailler dans une majorité de gouvernement». Dans le cadre des prochaines élections législatives, le député sortant de l'Eure n'a pas de candidat de La République En marche! face à lui.

 

Ses affiches de campagne ne montrent d'ailleurs pas le sigle de son parti, Les Républicains. «Je me présente en tant qu'homme de droite libre», assurait-il. À la veille de la passation de pouvoir, entre François Hollande et Emmanuel Macron, Bruno Le Maire (qui avait déjà déclaré être «prêt à travailler» avec Emmanuel Macron), avait appelé le nouveau locataire de l'Élysée à «faire un geste» en nommant un Premier ministre de droite. «Je veux que ce quinquennat réussisse», déclarait-il, au lendemain de l'élection du candidat d'En Marche!

 

 

Murielle Pénicaud, ministre du Travail

 

A 62 ans, celle qui remplace Myriam El Khomri au périlleux portefeuille du Travail est la dirigeante de l’agence publique Business France. Avec une longue expérience dans le privé c’est une spécialiste des ressources humaines, qui allie une bonne connaissance de ce ministère. A la rue de Grenelle, Muriel Pénicaud retrouvera ses premières amours, après un long intermède dans le monde de l'entreprise.

 

Diplômée d'Histoire et de sciences de l'éducation à l'université de Nanterre, puis de psychologie clinique à Strasbourg, elle a débuté sa carrière à 21 ans dans les collectivités territoriales, dans ce qui deviendra plus tard le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT). Elle a ensuite évolué dans diverses structures territoriales en Lorraine où elle fut, notamment, directrice de la Mission locale pour l'insertion des jeunes de Metz et, en Normandie, avant d'être repérée par le ministère du Travail dans les années 1980.

 

Cette diplômée d’histoire, de sciences de l’éducation et de psychologie clinique n’est pas étrangère au ministère du Travail. Avant de partir dans le privé en 1993, elle y commence sa carrière comme administrateur territorial, en conseillant alors Martine Aubry. Là, elle gravira les échelons jusqu'à devenir conseillère pour la formation de Martine Aubry, ministre entre 1991 et 1993.

 

Cette femme énergique, passionnée de photographie, rejoint alors le privé, tout d'abord, au sein du groupe Danone, où elle oeuvre pendant près de dix ans comme directrice de la formation et des ressources humaines, puis, chez Dassault Systèmes, jusqu'en 2008. Quelques années après, elle fait un grand retour chez le géant agroalimentaire, cette fois-ci comme directrice générale des ressources humaines. Elle y développe notamment un système de couverture sociale pour les 100.000 salariés du groupe à travers le monde, Dan'Cares.

 

Parallèlement, elle maintient ses attaches avec le monde politique. Elle est notamment membre, entre 2008 et 2014, du Haut conseil pour le dialogue social, et elle est chargée, fin 2009, par François Fillon, alors Premier ministre, d'une mission sur le stress au travail. En 2014, François Hollande lui confie de gérer la fusion entre Ubifrance, en charge du soutien à l'export, et l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII), pour renforcer l'attractivité du territoire.

 

Une mission dont elle s'acquitte avec passion, à la tête de Business France, malgré des crédits qui se réduisent au fil des ans. Elle s'appuie sur son expérience du privé pour convaincre les investisseurs internationaux des atouts de l'Hexagone. Cette blonde aux cheveux bouclés et ébouriffés, est la quatrième femme à devenir ministre du Travail.

 

La ministre sortante, Myriam El Khomri, a salué sur Twitter une «femme de conviction engagée en faveur du dialogue social». Elle qui, enfant, voulait être chef d'orchestre, aura à mettre en musique la réforme du marché du travail et devra puiser dans son sens de la diplomatie pour négocier avec les partenaires sociaux, alors qu'Emmanuel Macron veut procéder par ordonnance pour avancer rapidement.

 

Cette mère de deux enfants, présente aux conseils d'administration de plusieurs entreprises, est aussi très attachée à la promotion des femmes. Elle a notamment cofondé le programme Eve, pour le développement du leadership des femmes. Elle qui, enfant, voulait être chef d’orchestre, aura à mettre en musique la réforme du marché du travail et devra puiser dans son sens de la diplomatie pour négocier avec les partenaires sociaux, alors qu’Emmanuel Macron veut procéder par ordonnance pour avancer rapidement.

 

 

Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des comptes publics

 

C'est une des prises à droite d'Emmanuel Macron. Lui aussi, comme Bruno Lemaire, s’est dit prêt à travailler avec Emmanuel Macron, après la défaite de la droite à la présidentielle. Avec deux ministres Les Républicains, Bercy prend donc un virage à droite toute. Dans le premier gouvernement de l’ère Macron, il sera en charge du Budget, de la Sécurité sociale, de la Fonction publique et de la Réforme de l'État.

 

Issu d'un milieu très modeste, il ne cache pas son émotion d'entrer au gouvernement. Benjamin du gouvernement, il est plus jeune que le Président. A 34 ans, Gérald Darmanin, jeune loup soucieux que sa famille politique continue de parler «aux classes populaires», incarne la nouvelle génération à droite. Originaire de Valenciennes, ce jeune homme brun au sourire franc a des origines modestes: père, retraité «connu pour être le tenancier du bar» face au stade de Valenciennes, mère, femme de ménage à la Banque de France.

 

Il a «fait son lycée à Paris», avant Sciences Po Lille (où il intègre les Jeunes du RPR), puis il a travaillé au cabinet de Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP et, ensuite, au ministère des Affaires étrangères. Il devient alors, le directeur de cabinet du ministre des Sports, David Douillet (2011-2012). En 2014, il devient porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy qui fait son grand retour à la tête de l'UMP. Elu député Les Républicains, en 2012, maire de Tourcoing (Nord), deux ans plus tard, député de la 10e circonscription du Nord, entre 2012 et 2016. Il entre très vite dans le vif du sujet et il n'hésite pas à ferrailler avec le gouvernement, faisant preuve d'une certaine dextérité oratoire.

 

Il quitte son mandat de député, en décembre 2015, lorsqu'il devient conseiller régional des Hauts-de-France, précisément lorsque Xavier Bertrand remporte la région, dans un rude combat face au Front National. Il devient, en 2016, vice-président de cette région. Cette année-là, il devient le coordinateur de campagne de Nicolas Sarkozy, pour la primaire de la droite, à l'issue de laquelle l'ex-chef de l’Etat se fait balayer au premier tour. Gérald Darmanin regrettait alors, dans une tribune, que «la droite française n'intéresse plus les classes populaires», qui ne sont pas venues voter et il déplorait une droite «recroquevillée».

 

Il a abandonné la campagne de François Fillon, en même temps que les partisans d'Alain Juppé et ceux de Bruno Le Maire, et début mars, il quittait son poste de secrétaire général adjoint de son parti Les Républicains. «Je préfère toujours mon pays à mon parti» a-t-il dit, mercredi, lors de la passation de pouvoirs avec Annick Girardin. Lors de sa dernière question au gouvernement à l'Assemblée, il lance: «Arrêtez les exercices comptables et aidez vraiment l'égalité des chances et les enfants des quartiers populaires» dans une question sur la baisse des dotations aux collectivités.

 

Attaché au «Sarkozy de 2007», il regrette que celui-ci se soit «un peu fait embarquer pendant son quinquennat» vers la droite et il avait, en 2013, demandé un «inventaire» du mandat de Nicolas Sarkozy. Début 2016, il lui conseillait, même, de changer d'«entourage et de méthode». Parmi ses convictions, l'assimilation des Français de confession musulmane, lui dont le grand-père maternel était algérien. En juin 2016, dans «Plaidoyer pour un islam français», un texte d'une soixantaine de pages, il appelle à une «concorde» et il fait une vingtaine de propositions à destination des prétendants à l’Élysée.

 

«Entre les Français non musulmans et l?islam, le fossé devient un canyon. On ne se comprend plus. Chacun croit que l’autre veut le détruire. On s’excommunie mutuellement», écrit-il craignant la «rupture» entre «les millions de musulmans vivant en France et la République». Il fut longtemps proche collaborateur de Christian Vanneste, exclu en 2012 de l'UMP après des propos considérés comme homophobes, et il lui avait ravi sa circonscription du Nord. Il est très proche d'un autre jeune loup de la droite, Sébastien Lecornu, (un des soutiens de Bruno Le Maire, président du département de l'Eure) qui a salué immédiatement l'arrivée de son ami au gouvernement.

 

 

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation

 

Issue de la société civile, Frédérique Vidal, qui préside l’Université de Nice Sophia-Antipolis, depuis mai 2012, est une spécialiste en biochimie moléculaire et cellulaire. Née à Monaco, Frédérique Vidal a passé une maîtrise de biochimie, un DEA à l'Institut Pasteur (option virologie fondamentale) et un doctorat en sciences de la vie à l'Université Nice Sophia Antipolis. Son prédécesseur, Thierry Mandon, nommé en juin 2015, n’avait que le rang de secrétaire d’Etat, chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. En outre, le périmètre du ministère s’élargit également à l’innovation.

 

Au moment de l’annonce de sa nomination, Frédérique Vidal, âgée de 53 ans et originaire de Monaco, se trouvait à New York pour un forum sur les sciences et la technologie, a-t-on appris auprès de l’université. Pendant ses deux mandats à la tête de cette université, Frédérique Vidal «a eu à coeur de faire rayonner l’université sur la totalité du territoire de la Côte d’Azur et de changer le regard porté par les collectivités et le monde socio-économique sur l’université», selon un communiqué de cette université. Professeure des universités en sciences de la vie, elle a notamment participé à la création d’un campus étudiant à Cannes.

 

Celui-ci accueillera, dès 2019, de futurs scénaristes ainsi que des professionnels des métiers du tourisme et des jeux vidéo. Selon le site de l'université de Nice Sophia-Antipolis «grâce aux diverses actions menées en faveur des laboratoires, son équipe a permis le maintien de leurs financements et a accompagné les Directeurs de Laboratoires et d’Instituts dans les recrutements nécessaires à leur rayonnement».

 

Recrutée en 1995 par l'université niçoise comme maître de conférences, Frédérique Vidal est depuis 2004 professeur des Universités en sciences de la vie. Son activité dans le domaine de la recherche est concentrée sur la génétique moléculaire. La Conférence des Présidents d'Université (CPU) a salué la décision d'Emmanuel Macron d'accorder un ministère de plein exercice à l'enseignement supérieur. «Un excellent signal adressé à la communauté universitaire», écrit la CPU dans un communiqué.

 

 

Annick Girardin, ministre des Outre-Mer

 

Avec Jean-Yves Le Drian, cette élue de Saint-Pierre-et-Miquelon, est la deuxième survivante de l'ère Hollande. Mais contrairement à lui, elle n'a été au gouvernement que les deux dernières années, où elle était secrétaire d'Etat chargé du développement puis ministre de la Fonction publique. Annick Girardin, 52 ans, nommée ministre des Outre-Mer, avait appelé à voter «utile» en faveur d'Emmanuel Macron, dès le premier tour de l'élection présidentielle, alors que son parti, le PRG, avait apporté son soutien au candidat PS Benoît Hamon.

 

Devenue fonctionnaire territoriale à Saint-Pierre-et-Miquelon, en 1983, elle est entrée au PRG (Parti radical de gauche) en 1999. Ancienne députée de l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, depuis 2007, reconduite sur ce mandat en 2012, elle avait été nommée secrétaire d'Etat au Développement et à la Francophonie en avril 2014, auprès du ministre des Affaires étrangères et du Développement international.

 

Elle avait, ensuite, succédé à Marylise Lebranchu en tant que ministre de la Fonction publique en février 2016. A l'Assemblée nationale, Annick Girardin a notamment fait voter une résolution unanime des députés affirmant les droits de la France sur le plateau continental autour de Saint-Pierre-et-Miquelon (6.000 habitants). Membre de la commission des Finances de l'Assemblée, elle avait également fait partie des députés qui avaient tenté en vain de soumettre l'AS Monaco à la taxe de 75% sur les hauts salaires.

 

Cette fille de marin, née à Saint-Malo, a également été membre de la commission des affaires maritimes, et entend tout mettre en oeuvre pour «faire rayonner les bassins maritimes» des territoires d'Outre-Mer au sein du nouveau gouvernement d'Edouard Philippe, selon son entourage. Annick Girardin avait annoncé sa candidature aux législatives, dans son ancienne circonscription, entre les deux tours de l'élection présidentielle.

 

 

Laura Flessel, ministre des Sports

 

Son nom n'avait pas filtré, quelques heures avant l'annonce officielle du nouveau gouvernement choisi par le Premier ministre, Edouard Philippe. Au ministère des Sports, il a décidé de nommer Laura Flessel pour remplacer Thierry Braillard. A 45 ans, la double championne olympique d'escrime fait son entrée dans l'échiquier politique dans un domaine qu'elle maitrise à la perfection, elle qui est impliquée dans la candidature de Paris pour les JO 2024.

 

Les amateurs de sport la connaissent pour ses exploits épée en main: quintuple médaillée olympique, six fois championne du monde et une fois championne d’Europe d’escrime. Laura Flessel a également la particularité d'avoir participé, en 2012, à la troisième saison de Danse avec les stars sur TF1. La jolie Guadeloupéenne de 46 ans avait été éliminée à l'issue du troisième prime. Laura Flessel est donc devenue la première candidate de DALS à devenir membre d'un gouvernement.

 

A l'époque, elle s'était lancée dans l'aventure sans appréhension comme elle l'avait souligné dans Le Parisien: «Je ne prends pas de cours de danse, mais chez moi, avec ma fille de 11 ans, on est tout le temps en train de danser. Je suis une compétitrice. Je n'ai pas peur du ridicule: le ridicule ne tue pas».

 

 

Elisabeth Borne, ministre auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique chargée des Transports

 

Proche de Ségolène Royal, Elisabeth Borne a été nommée ministre déléguée aux Transports. À 56 ans, cette haut fonctionnaire va désormais exercer un rôle politique de premier plan puisqu’elle a été nommée ministre déléguée aux Transports. Un domaine qu'elle connaît bien car elle était à la tête de la RATP (transports parisiens), depuis deux ans.

 

Sortie de l'École polytechnique en 1981, Elisabeth Borne débute dans l'administration de l'Équipement, puis bifurque vers les cabinets ministériels au début des années 1990, d'abord comme conseillère de Lionel Jospin à l'Éducation, puis de Jack Lang à la Culture et de Jean Glavany à l'Enseignement technique. Après la bérézina socialiste de 1993, elle trouve refuge à la direction des foyers pour travailleurs migrants de la Sonacotra (devenue depuis l'Adoma). En 1997, elle retrouve Lionel Jospin à Matignon, en tant que conseillère «transports».

 

Son portefeuille est ensuite élargi à l'urbanisme et au logement. Après l'échec de son mentor à l'élection présidentielle de 2002, elle est aiguillée comme directrice de la stratégie de la SNCF. Nouveau virage en 2007: elle part piloter les concessions du groupe de BTP Eiffage, qui gère notamment 2.000 kilomètres d'autoroutes dans l'Est de l'Hexagone. Un an plus tard, Anne Hidalgo, alors première adjointe de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, la recrute comme directrice de l'urbanisme.

 

En 2013, elle prend encore du galon et devient préfète de la région Poitou-Charentes, alors présidée par Ségolène Royal, qui la choisira comme directrice de cabinet au ministère de l'Écologie, en 2014, puis la nommera présidente de la RATP en 2015. Deuxième femme à occuper ce fauteuil de ministre, après l'énarque de droite Anne-Marie Idrac, Elisabeth Borne disposera d'une compétence sur les sujets environnementaux, ce qui lui sera utile dans ses échanges avec son ministre de tutelle, l'écologiste médiatique Nicolas Hulot, nouveau ministre d'État de la Transition écologique et solidaire.

 

Réputée ferme, cette adepte de la course à pied a laissé un bon souvenir à l'Unsa-RATP, qui a apprécié la «franchise» et la «volonté» de ce grand «commis de l'État», qui n'a pas eu à affronter de conflit social majeur. En décembre dernier, elle confiait à Madame Figaro, lors du Women's Forum, que «le fil rouge de sa carrière» était de travailler sur des sujets qui concernent «le quotidien de la vie des gens».

 

 

Marielle de Sarnez, ministre auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée des Affaires européennes.

 

Proche parmi les proches de François Bayrou, Marielle de Sarnez a été nommée ministre des Affaires européennes du gouvernement d'Edouard Philippe. A 66 ans, elle est le bras droit de François Bayrou, allié d'Emmanuel Macron. En 2014, elle est élue conseillère de Paris et conseillère municipale du 6ème arrondissement, après avoir trouvé un accord avec la candidate UMP Nathalie Kosciusko-Morizet et le candidat UDI Christian Saint-Étienne. Lors de primaire de la droite et du centre elle avait choisi de soutenir Alain Juppé.

 

Vice-présidente du MoDem, parti centriste fondé par François Bayrou, elle devra transformer l'essai aux législatives. Elle va pouvoir enfin donner une application concrète à sa fibre européenne. Un poste clé au sein du grand ministère de l'Europe et des Affaires étrangères occupé par Jean-Yves Le Drian, et l'occasion d'apporter toute son expérience de députée au Parlement européen, dont elle est élue depuis 1999. Dans le sillage du patron du MoDem, Marielle de Sarnez a soutenu la candidature d'Emmanuel Macron à partir de la fin du mois de février.

 

Auparavant, à l'instar de François Bayrou, elle exprimait ses doutes quant aux qualités du fondateur d'En Marche!. Au lendemain de sa démission du ministère de l'Economie, en septembre 2016, l'eurodéputée la qualifiait de «démission pour ambition personnelle». Quelques mois plus tard, elle estimait que l'élection d'Emmanuel Macron «fera un bien fou à la France».

 

La conseillère de Paris a fait ses premières armes auprès de Valéry Giscard d'Estaing, lors de l'élection présidentielle de 1974. Puis très vite, elle s'est rapprochée de François Bayrou, qui voit en elle une «alter ego». «Elle est la personne de ma vie politique dans le jugement de laquelle j'ai le plus confiance. Sa boussole est juste à 95%», ajoute-t-il.

 

En juillet 2009, à Marseille, elle acte le principe d'une ouverture du centre à gauche, lors des ateliers d'été du courant «L'espoir à gauche» du socialiste Vincent Peillon. Pour beaucoup, ce fut l'acte fondateur de l'évolution du parti centriste qui a conduit François Bayrou à franchir le Rubicon, en 2012, en choisissant François Hollande au second tour de la présidentielle.

 

Le choix s'est avéré infructueux, le MoDem se retrouvant marginalisé durant le quinquennat. Cinq ans plus tard, elle aurait conseillé à François Bayrou de ne pas briguer une quatrième fois la magistrature suprême, préfigurant l'alliance proposée à Emmanuel Macron. Cette femme de l'ombre des grands combats présidentiels de François Bayrou a souvent été décrite comme autoritaire par certains des anciens amis du leader centriste, critiques de son influence.

 

Mais «pour se faire une place dans ce monde politique de mecs, elle n'avait pas le choix», estime Jean-Luc Bennahmias. Investie par La République En marche!, dans le 14e arrondissement de Paris, l'élue centriste est déjà confrontée à une petite fronde locale, qui conteste sa légitimité et son éloignement du terrain. À tel point qu'une liste dissidente d'adhérents REM menace de se présenter face à elle et d'émietter l'électorat modéré. Et, conformément à la règle édictée par l'Elysée, de lui coûter son tout premier maroquin ministériel.

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