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[Tribune] Faire une levée de fonds : quand et combien ?

Michel de Guilhermier, co-fondateur et président de Day One Entrepreneurs & Partners

Le nombre de levées de fonds actuellement opérées par les start-up, mais aussi l’importance de celles-ci, pourrait laisser penser que l’argent coule à flot et que n’importe quelle start-up peut lever à peu près n’importe quand…

S’il est vrai qu’il y a aujourd’hui beaucoup d’argent sur la place, et que l’aversion au risque semble plus faible qu’à d’autres périodes, cela n’empêche pas une start-up de se demander quel est le bon moment pour lever des fonds, ainsi que le bon calibrage de la levée.

 

Sachant qu’une à un coût, représenté par la dilution pour les fondateurs, usuellement entre 20 et 35%. L’objectif, et la théorie, étant d’agrandir fortement le gâteau, si bien qu’avoir moins d’un gâteau beaucoup plus gros n’est pas un problème…

 

Une première réponse simple serait de dire qu’il faut lever des capitaux quand on en a vraiment besoin pour passer à l’étape suivante et créer une forte valeur, continuer à développer sa techno ou ses produits, accroître ses ventes par des investissements marketing et/ou l’embauche d’une équipe de commerciaux, structurer et renforcer son équipe de management,  se développer à l’étranger, racheter un concurrent, etc.

 

Néanmoins, on pourrait aussi très pragmatiquement soutenir qu’on peut lever des capitaux, sans en avoir absolument besoin, tout simplement quand le marché est « bullish » et est prêt à investir de l’argent à de très bonnes conditions, en se posant un minimum de questions…

 

Des modes et des phénomènes moutonniers

 

On dit souvent qu’il faut emprunter de l’argent aux banques quand on en a pas besoin mais qu’elles vous le propose, car le jour où on en aura vraiment besoin et qu’on sera en difficulté, les banques seront peut-être alors beaucoup moins enclins à prêter…Il en va de même de l’investissement en fonds propres, pourquoi ne pas profiter de l’engouement subit des investisseurs pour certains secteurs pour prendre des capitaux à de très bonnes conditions ? Car, là aussi il y a des modes et des phénomènes moutonniers, au-delà du fait que les investisseurs ont parfois l’obligation d’investir…

 

Indissociable du moment opportun pour effectuer une levée, il y a aussi en fait la question du montant levé. Sur le fond, et de manière très conceptuelle et théorique, on pourrait tout aussi bien soutenir la pertinence d’une levée de quelques millions que soutenir la pertinence d’une levée de plusieurs dizaines de millions d’euros. Ce bien sûr pour des start-up déjà bien évoluées. Pour une très jeune entreprise, l’alternative serra plutôt entre quelques centaines de milliers d'euros et 1-2M€.

 

Schématiquement, et pour illustrer, on peut présenter un dossier pour attaquer la France, pour attaquer l’Europe, ou pour attaquer le monde… Ces différentes options sont toutes intrinsèquement et en théorie légitimes, elles demandent plus ou moins de capitaux, mais en pratique et concrètement il y a deux paramètres entremêlés qui vont jouer sur le curseur : d’une part la crédibilité de l’équipe pour déployer une certain montant et exécuter un certain plan. Une équipe qui a déjà un solide track record entrepreneurial pourra plus facilement lever beaucoup d’argent, y compris avec un projet en phase très amont.

 

L'attitude des investisseurs

 

Vient ensuite la volonté de prise de risque des investisseurs pour un certain montant. Certains investisseurs – notamment ceux qui ont des fonds très importants - auront parfois envie de frapper un grand coup pour espérer bâtir un solide leader rapidement, d’autres préfèreront y aller step-by-step, un peu plus prudemment, investissant de plus en plus au fil des milestones (un MVP, les premières ventes, le premier millions d'euros de ventes, etc).
 

Avoir beaucoup d’argent dans ses caisses est évidemment toujours un atout, mais si on lève aussi trop d’argent trop vite, avec un modèle insuffisamment calé et une exécution disons largement perfectible, la catastrophe sera à la mesure de la levée : ainsi, l’entreprise Save (corners de réparation de smartphone) a-t-elle levée 15 M€ en juin 2015… pour se retrouver en faillite juste 9 mois plus tard.

 

Ainsi, en synthèse, le moment et le montant de la levée sont une résultante complexe entre l’ambition d’une équipe et les besoins financiers qui en découlent, sa crédibilité pour mettre en œuvre exécuter cette ambition, ainsi que l’appétence des investisseurs et leur éventuelle manque d’aversion au risque.

 

A l’entrepreneur d’évaluer objectivement et finement ces différentes composantes pour déterminer le bon timing et le bon montant. Cela est en fait loin d’être simple et mérite de se faire conseiller par des entrepreneurs aguerris ou de bons leveurs de fonds.

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