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Les Dîners Décideurs by Entreprendre / Décembre 2017

Entreprendre.fr

Chaque deuxième lundi du mois, « Chez Françoise », nous organisons un dîner-débat avec un ou des leaders d’opinion. En ce lundi 11 décembre 2017, nous avons reçu Yann Queffélec, écrivain, prix Goncourt 1985.

« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn »

 

Curieusement, c’est ce poème « la conscience » de Victor Hugo qu’évoque la relecture des notes de cette exceptionnelle soirée où Yann Queffélec, en toute confiance et amitié, se livre aux participants de ce dernier Dîner Décideurs de l’année 2017. Le 70ème Dîner depuis septembre 2011 où nous recevions Christine Deviers Joncours. Un autre style d’écrivain. Un autre style d’Homme (au sens générique et sans écriture inclusive !)

 

« L’homme de ma vie », son dernier roman (www.editionsguerin.com) est le récit bouleversant de ces relations impossibles entre père et fils. Entre deux écrivains Henri et Yann, aussi différents, aussi opposés et dont la cohabitation fut tellement marquante pour le second. La conscience, bonne ou mauvaise de cet échec est présente, tout au long du ressenti qu’il nous communique.

 

La recherche de l’approbation, de la filiation, une quête non résolue ?

 

Etre fier d’un père qui pour autant ne vous voit pas, ne vous « capte » pas pour reprendre un vocable actuel est une vraie gageure. Henri Queffélec, écrivain renommé à son époque, ne regarde que le frère ainé, Hervé, devenu mathématicien célèbre, ignore la fille Anne, remarquable pianiste et le dernier petit frère ne semble pas rentrer dans son champ de vision. Yann, lui, ressent quelque chose de bien plus difficile : il ne se sent pas aimé et, pire encore, il se sent écrasé, « je ne lui convenais pas » dit-il. « Il me faisait « sortir de table » avant la fin des repas. Comme s’il ne voulait plus me voir. Je le dérangeais… Tous les soirs je me demandais ce que j’avais fait »

 

Les premiers poèmes qu’il écrit ainsi que ses dessins que sa mère montre au patriarche déclenchent les foudres de ce dernier. Il les déchire et Yann sera « interdit d’écriture » !

 

La fuite comme issue ?

 

Yann qui aime la mer et le bateau n’aura qu’une envie, surtout à la mort de sa mère en 1970, alors qu’il n’a que 18 ans, celle de partir faire le tour du monde. Envie qu’il a toujours d’ailleurs et à laquelle il n’a pas renoncée.

 

C’est d’ailleurs le bateau qui va le mettre, paradoxalement et définitivement, sur la voie de l’écriture. Sa rencontre avec Françoise Verny, grande « accoucheuse » de talents littéraires, qui le découvre un soir de tempête à Belle Île en mer, sera un coup de maître pour Gallimard chez qui elle officie à cette période, puisqu’avec « les Noces Barbares » Yann décroche le Prix Goncourt en 1985 et les 500 000 exemplaires qui s’en suivent.

 

C’est Françoise Verny qui le fera, à quelques jours de la remise des prix, revenir de Los Angeles à la foire du livre de Brive et c’est pendant un déjeuner chez Gallimard qu’il apprendra la nouvelle.

 

L’annonce faite à Henri !

 

Le récit de l’annonce de l’obtention du prix Goncourt par Yann à son père, vaudrait à elle seule une pièce de théâtre ! Elle est un des temps fort de son dernier livre. Yann sait que ce prix va rendre furieux son père. Mais quelque part il tient une sorte de revanche. De vengeance ?

 

«  Le Goncourt ! J’étais lauréat du Goncourt ! La honte ! Il ne me le pardonnerait jamais… »

 

Le dialogue, entre le fils et le père, l’après-midi de la consécration, depuis une cabine téléphonique parisienne vaut le détour :

« Papa, tu ne vas pas y croire, papa. – Je sais, la femme de ménage m’a prévenu. – Je viens d’acheter un poisson rouge. - … - En fait, papa, c’est moi qui ai le prix Goncourt cette année. – J’ai du boulot, p’tit vieux, raccroche. C’est pas vrai pour le poisson. - … - c’est juste vrai pour le Goncourt. – La femme de ménage m’a… - … T’a prévenu, ça va ! »

 

Surréaliste et tellement révélateur d’un vécu qu’il aura fallu intégrer et dépasser pour vivre. Ecrire. Triompher de soi et des autres.

Trente-huit livres plus tard, Yann Queffélec est toujours là. La mort de son père (en 1992) loin de le détruire, lui a permis de se reconstruire. Cet homme qui trouvait que le monde moderne ne lui convenait pas, parlait Latin et Grec couramment avec ses amis Normaliens et est mort en rassurant son médecin : « Ne vous inquiétez pas Docteur, j’ai fait mon temps ». Yann, lui, ne l’a pas fait son temps.

 

Il lui reste des tours du monde à faire et surtout, désir caché, à écrire une pièce de théâtre, ce qu’il aimerait pour donner la vie à des personnages dans la concision et le temps court… et à écrire, nous l’espérons, bien d’autres œuvres littéraires.

 

Alors, pour revenir à nouveau sur Victor Hugo, « Mon père, ce héros au sourire si doux… » ne parait pas la meilleure formulation à proposer mais comment ne pas admirer les combats sur lui-même que Yann Queffélec a dû livrer pour triompher et devenir cet homme convivial, chaleureux et si amoureux de la vie qu’il est devenu malgré les vents contraires.

 

Quel plaisir de partager ces instants qui sont à eux seuls de merveilleux cadeaux de Noël.

L’année 2018 sera, à n’en pas douter, pleine de mille autres belles surprises pour les participants des Dîners Décideurs.

 

Hervé & Laurence Lassalas

Président et Vice-présidente de Pluriclub

 

Merci à David Marmier (marmier.david@wanadoo.fr) qui a pris les magnifiques photos de cette soirée, n’hésitez pas à le solliciter pour vos besoins professionnels ou personnels en matière de reportage.

 

 

Comment participer aux Dîners Décideurs avec Entreprendre organisés par Pluriclub ?

 

S’inscrire par mail sur : herve.lassalas@gmail.com 

 

Prochains Dîners Décideurs tous les deuxièmes lundis du mois de 20h à 22h30 :

 

15 janvier                     Babette de Rozières, Chef cuisinier, animatrice télévision, femme politique

12 février                      Philippe Dessertine, Economiste, Directeur de l’Institut des Hautes Finances

12 mars                        Thomas Saunier, Directeur Général de Malakoff Médéric

9 avril                           Agnès Verdier Molinié, Directeur de la Fondation IFRAP

14 mai                          Jean-Claude Girot, Commissaire Général du Mondial de l’Automobile

11 juin                          Franz-Olivier Giesbert, Journaliste et écrivain

2 juillet                         Sur le thème de la réussite des femmes africaines et antillaises (intervenantes à valider)

10 septembre               Christian de Boissieu, Président délégué du Conseil d’Analyse Economique

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