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Le premier gouvernement de l'ère Macron

Bernard Pace

Emmanuel Macron a dévoilé son premier gouvernement, la 40ème équipe nommée depuis les débuts de la Ve République. C’est une équipe resserrée de 22 noms (les gouvernements précédents dépassaient les 35 noms), compatible avec le renouvellement politique mis en avant pendant l'élection présidentielle.

C’est aussi un gouvernement paritaire, de 11 hommes et 11 femmes, avec 3 ministres d'Etat. Si Jean-Yves Le Drian prend les Affaires étrangères, Gérard Collomb, soutien de la première heure d'Emmanuel Macron, sera lui à l'Intérieur. Le médiatique Nicolas Hulot débarque lui à l'Ecologie, avec un ministère «de la Transition écologique et solidaire». Ce premier gouvernement est celui qui va devoir affronter les élections législatives. Il panache des responsables de droite, de gauche, du centre et de la société civile.

 

Emmanuel Macron a annoncé la composition de son gouvernement avec une journée de retard, afin que la situation fiscale de chacun et l'absence de conflits d'intérêt soient rigoureusement contrôlées, le souvenir de Thomas Thévenoud, l'éphémère secrétaire d'Etat qui avait oublié de déclarer ses revenus au fisc, étant encore dans tous les esprits. Le «maître des horloges» avait  annoncé la couleur, dans les dernières semaines de sa campagne présidentielle et il plaidait pour «le renouveau des visages» en parlant de son futur gouvernement.

 

C’est une équipe de 22 membres (18 ministres et quatre secrétaires d'Etat), relativement resserrée, paritaire, qui fait le pari de la société civile et traduit la recomposition promise avec des ministres issus de la droite, comme de la gauche et du centre. «L'engagement d'un gouvernement très resserré est totalement tenu» avec «une recomposition sans précédent» de l'exécutif, souligne-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron, qui précise qu'au lendemain des législatives des 11 et 18 juin, «il n'est pas impossible qu'on ait un petit réajustement». Les ministres candidats aux législatives devront démissionner de leur poste s'ils ne sont pas élus.

 

Les ministères régaliens

Dans ce gouvernement, la parité est parfaitement respectée, avec onze femmes et onze hommes et autant de ministres de plein exercice de l'un comme de l'autre sexe. «Emmanuel Macron voulait que les femmes occupent des ministères de premier plan et ne soient pas reléguées à des portefeuilles qui leur sont traditionnellement dévolus ou moins importants», note l'entourage du nouveau Président.

 

Les quatre ministères régaliens ont été dévolus à deux socialistes. Jean-Yves Le Drian, l'un des deux rescapés du quinquennat de François Hollande (ministre pendant cinq ans), passe de la Défense à l'Europe et aux Affaires étrangères, avec le Commerce extérieur dans ses attributions. Gérard Collomb, membre de l'aile droite du PS et sénateur-maire de Lyon, hérite de l'Intérieur. Soutien de la première heure d'Emmanuel Macron, en larmes pendant la passation de pouvoirs, dimanche à l'Elysée, il intègre pour la première fois, à 69 ans, un gouvernement.

 

Trois centristes participent aussi à ce gouvernement: François Bayrou, à la Justice, Sylvie Goulard, aux Armées, et Marielle de Sarnez (aux Affaires européennes). Nicolas Hulot occupe une place de choix dans ce premier gouvernement. Deuxième dans l'ordre protocolaire et ministre d'Etat, il aura l'Energie dans son ministère et il entre, pour la première fois, dans un gouvernement après avoir été candidat malheureux à la primaire des Verts pour la présidentielle de 2012.

 

Le plus jeune chef d’Etat

L'ancien animateur d'Ushuaïa avait déjà été pressenti pour rejoindre un gouvernement Hollande, en janvier 2016, après avoir été l'un des artisans de la COP21. On peut noter que les hommes du gouvernement sont, pour beaucoup, des «vieux routards» de la politique (Gérard Collomb, François Bayrou, Jean-Yves Le Drian, Bruno Le Maire).

 

Ce qui est moins le cas des femmes, qui sont plus issues de la société civile: Agnès Buzyn, Françoise Nyssen, Muriel Pénicaud, Frédérique Vidal et Laura Flessel. Si la France peut se vanter de bénéficier de l'un des plus jeunes chefs d'Etat du monde (39 ans), avec un Premier ministre de 46 ans, son gouvernement n'affiche pas la même jeunesse. La moyenne d'âge des ministres et secrétaires d’Etat nommés par Edouard Philippe et Emmanuel Macron est de 54 ans. En 2012, le premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault affichait une moyenne d'âge de 52 ans.

 

A 34 ans, Gérald Darmanin est le ministre le plus jeune de ce gouvernement (avec le secrétaire d'Etat chargé du Numérique Mounir Mahjoubi, âgé de 33 ans, et Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité Hommes-Feammes). Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian et Jacques Mézard, tous les trois âgés de 69 ans, sont les doyens de ce gouvernement.

 

La société civile

Emmanuel Macron voulait un tiers de société civile, dans ce premier gouvernement, et finalement c'est plus que prévu avec 11 professionnels de la politique et 11 nouveaux profils. Parmi les novices, il y a le symbole Nicolas Hulot, bombardé ministre d'État à la Transition écologique et solidaire. «L'homme qui murmurait» à l'oreille de Chirac, l'architecte du Grenelle de l'environnement de Nicolas Sarkozy, l'envoyé spécial pour la protection de la planète de Hollande, a été maintes fois courtisé mais il n'avait jamais franchi le pas jusqu'à présent.

 

Il a dit «oui» à Emmanuel Macron, mais son défi est immense. Il lui faudra se faire entendre et gagner les arbitrages face au super Bercy tenu par la droite, avec Bruno Le Maire (à l’Economie) et Gérald Darmanin (Action et Comptes publics, proche de Nicolas Sarkozy), mais aussi face à Édouard Philippe qui a voté contre les lois de transition énergétique et biodiversité! La nouvelle ministre des Sports est l'épéiste Laura Flessel (championne olympique d’épée à Atlanta, en 1996).

 

Les femmes sur-représentées

En revanche, les neuf autres sont bien moins connus du grand public: une femme médecin, qui préside la Haute Autorité de santé (elle a aussi présidé l'Institut national du cancer), ministre des Solidarités et de la Santé (Agnès Buzyn), la directrice de la maison d'édition Actes Sud,  à la Culture (Françoise Nyssen), un fin connaisseur du «mammouth» (juriste, il dirigeait, jusque-là, le groupe Essec, une grande école de commerce), à l'Éducation nationale (Jean-Michel Blanquer, un proche d'Alain Juppé), une présidente d'université (Nice-Sophia-Antipolis) à l'Enseignement supérieur (Frédérique Vidal, chercheuse en biochimie et biologie moléculaire et cellulaire), une ancienne cadre supérieure (Muriel Pénicaud), passée par le cabinet de Marine Aubry, qui a dirigé l'agence nationale publique Business France, après un passage dans le privé (Dassault Systèmes, Orange ou encore Danone), au Travail, la patronne de la RATP aux Transports (Elisabeth Borne, qui a travaillé auprès de Jack Lang, de Lionel Jospin et de Ségolène Royal), une bloggeuse à l'Égalité Hommes-Femmes (Marlène Schiappa), une présidente d'association et mère d'un enfant trisomique, secrétaire d'état aux personnes handicapées (Sophie Cluzel) et un créateur de start-up chargé du numérique (Mounir Mahjoubi). Les femmes sont sur-représentées dans la partie société civile du gouvernement: elles sont huit sur onze.

 

Les politiques

Dans ce gouvernement, il y a également les équilibres politiques, avec une pincée de radicaux de gauche (avec Annick Girardin,qui fait le pont entre les deux quinquennats, passant de la Fonction publique aux Outre-mer et Jacques Mézard, sénateur, à l’Agriculture). Une cuillerée de socialistes, qui ont adhéré à En Marche! très tôt: Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian, Richard Ferrand et Christian Castaner.

 

Un bol de MoDem, pour la première fois, depuis 1997, au sein d'un exécutif, avec François Bayrou (à la Justice), Marielle de Sarnez (aux Affaires européennes) et Sylvie Goulard, ex-MoDem (aux Armées), une première depuis Michèle Alliot-Marie. Enfin, pour napper le tout, l'ingrédient décisif: deux belles «prises de guerre» à droite, chez Les Républicains: Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, qui se partagent Bercy.

 

C'est un petit débauchage mais ces deux nouveaux ministres auront un pouvoir très important au sein du gouvernement, car ils tiendront les cordons de la bourse. Il suffit de lire la liste de leurs attributions sachant qu'il n'y aura pas de secrétaire d'État. vec Bruno Le Maire, à l'Economie (exclu immédiatement des Républicains), et Gérald Darmanin, à l'Action et aux Comptes publics, Emmanuel Macron donne Bercy à la droite, toujours plus fractionnée. Richard Ferrand, député PS sortant et secrétaire général de La République En Marche!, devient ministre de la Cohésion des territoires. Jacques Mézard, patron du groupe RDSE (radicaux) au Sénat, est nommé ministre de l'Agriculture.

 

Affaiblir le PS

«A titre personnel», François Baroin, chef de file des Républicains pour les législatives, a regretté ces ralliements, estimant qu'il ne s'agissait pas d'une «recomposition» mais d'un «dynamitage» politique. Il dit regretter leur choix et tempère: «cela ne remet pas en cause les liens d'amitié que j’ai pour eux». Les nombreux socialistes entrés dans ce nouveau gouvernement achèvent aussi d'affaiblir le PS. «Cautions de gauche mais Matignon et Bercy à droite», a tweeté le premier secrétaire du parti Jean-Christophe Cambadélis dans une première réaction.

 

Outre Jean-Yves Le Drian, Annick Girardin est donc la seconde rescapée de l'ère Hollande, nommée aux Outre-Mer. Appliquant strictement la règle du non-cumul des mandats, Jean-Yves Le Drian, qui avait été autorisé sous le quinquennat de François Hollande à cumuler des foncions de ministre de la Défense et celles de président de la région Bretagne devra cette fois-ci quitter la tête de la région.

 

Des risques de conflits

Le chef du gouvernement Edouard Philippe et le président du MoDem, François Bayrou, respectivement maires du Havre et de Pau, devront également démissionner de ces exécutifs locaux. La nomination d'un Premier Ministre, venu du parti Les Républicains, Edouard Philippe, avait eu pour effet de semer un peu plus la zizanie à droite. Depuis lundi, 120 élus de la droite et du centre ont signé un appel à «répondre à la main tendue» par le nouveau président.

 

«Une gifle» pour les candidats LR, selon le député Eric Ciotti. Cette liste est définitive. Il n'y aura pas de deuxième vague. Sauf, peut-être après les législatives, en cas de défaite, toute cette équipe provisoire sera remplacée, la consigne étant que tout ministre, candidat battu aux législatives, devra démissionner. Bruno Le Maire n'aura pas la partie facile, chez lui, dans l'Eure. Bref, un gouvernement resserré, pluriel et ouvert sur la société civile mais qui contient des risques potentiels de conflits. Bon courage pour les arbitrages! Quelle sera la relation entre Bercy, piloté par la droite, et l’Ecologie incarnée par Nicolas Hulot? Tout reste à écrire…

 

Passations et émotions

Après les annonces, les passations de pouvoir, les uns arrivent, les autres partent. Ce mercredi, on a vu l'émotion entre les socialistes de l'Ouest, Jean-Marc Ayrault et Jean-Yves Le Drian, au Quai d'Orsay, mais aussi entre Matthias Fekl, le jeune, et Gérard Collomb, l'ancien, à Beauvau.

 

À la Chancellerie, François Bayrou, le nouveau ministre de la Justice (qui remplace Jean-Jacques Urvoas), a promis de défendre la justice: «Trop souvent, des attaques sont portées contre ses décisions, contre ses procédures, je m'inscrirai en défense», a déclaré le nouveau garde des Sceaux, en référence notamment aux attaques de François Fillon durant la campagne présidentielle.

 

Autre temps fort de cette journée, le passage de témoin entre Ségolène Royal et Nicolas Hulot. «Chère Ségolène, Madame la ministre, j'ai entendu dire que j'allais vous remplacer. Ce n'est pas possible, parce que vous êtes tout bonnement irremplaçable, Ségolène», a déclaré le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire.

 

Une majorité pour gouverner

Au cours du premier Conseil des ministres, le Président de la République et le Premier ministre ont rappelé quelles étaient les grandes priorités et la méthode selon laquelle ils souhaitaient gouverner, le mot d'ordre étant la collégialité. Chaque talent devra être mis au service de la réussite collective comme le résume déjà l'entourage d'Emmanuel Macron.

 

En clair: pas question de voir une tête dépasser. La loi de moralisation de la vie publique sera présentée avant les législatives, «il faut prendre le temps de l'écrire», souffle-t-on du côté du Palais. Pour mettre le travail sur le métier, Emmanuel Macron compte aussi pratiquer le «spoils system», littéralement «le système des dépouilles».

 

La pratique vient des États-Unis: quand on arrive au pouvoir, on débarque les hauts fonctionnaires qui pourraient être tentés de freiner les réformes, mais il n’y a pas encore de calendrier sur ce sujet. À court terme, il faut aussi être prêt pour les législatives. Édouard Philippe et son équipe ont besoin d'une majorité pour gouverner. Tous les ministres sont appelés à participer à la bataille. Selon nos informations, Emmanuel Macron, en personne, pourrait mouiller la chemise en tenant un meeting comme l'avait fait François Mitterrand en 1981.

                                                                                                                                                       

 

Gouvernement Philippe de l’ère Macron

Premier Ministre: Edouard Philippe

Ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur: Gérard Collomb

Ministre d'Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire: Nicolas Hulot

Ministre d'Etat, garde des Sceaux, ministre de la Justice: François Bayrou

Ministre des Armées: Sylvie Goulard

Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères: Jean-Yves Le Drian

Ministre de la Cohésion des territoires: Richard Ferrand

Ministre des Solidarités et de la Santé: Agnès Buzyn

Ministre de la Culture: Françoise Nyssen

Ministre de l'Economie: Bruno Le Maire

Ministre du Travail: Muriel Pénicaud

Ministre de l'Education nationale: Jean-Michel Blanquer

Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation: Jacques Mézard

Ministre de l'Action et des comptes publics: Gérald Darmanin

Ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation: Frédérique Vidal

Ministre de l'Outre-Mer: Annick Girardin

Ministre des Sports: Laura Flessel

Ministre, auprès du ministre d'Etat, en charge des Transports: Elisabeth Borne

Ministre en charge des Affaires européennes: Marielle de Sarnez

Secrétaire d'Etat, en charge des relations avec le Parlement,

Porte-parole du gouvernement: Christophe Castaner

Secrétaire d'Etat, en charge de l'Egalité entre les femmes et les hommes: Marlène Schiappa

Secrétaire d'Etat, en charge des personnes handicapées: Sophie Cluzel

Secrétaire d'Etat en charge du numérique: Mounir Mahjoubi

 

 

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