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Femmes Chefs d'Entreprises (FCE) : « Seules nous sommes invisibles, ensemble nous sommes invincibles »

FCE France
Entreprendre.fr

Telle est la devise des Femmes Chefs d’Entreprises (FCE), le premier réseau d’entrepreneuriat féminin en France - 2 000 adhérentes dans 42 délégations. Rencontre avec sa présidente qui place toute son énergie dans l’esprit d’entreprendre et l’audace au féminin. Anne-Sophie Panseri, présidente de FCE France, répond pour vous à nos questions.

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous engager au cœur du réseau FCE France et à en prendre la présidence ?

 

Je suis entrée en 1989 dans la société familiale créée par mon grand-père en 1956. J’ai pris la présidence de Maviflex en 2000. L’année 2006 a été une année extrêmement difficile pour l’entreprise qui a connu une procédure de sauvegarde. Pendant cette période profondément déstabilisante, j’ai eu la chance de rencontrer le réseau des FCE, de m’y intégrer, d’y puiser de nombreuses ressources humaines et d’y rencontrer beaucoup de bienveillance.

 

Le réseau m’a permis de pouvoir m’exprimer, de donner mon ressenti et m’a aidée à tenir moralement. Quand on m’a proposé en 2009 de prendre la présidence de la délégation lyonnaise, j’ai accepté afin de pouvoir rendre au réseau ce qu’il m’avait apporté. Etant membre du bureau national, j’ai été élue en 2016 à la présidence des FCE France, avec comme première mesure de faire passer un mandat unique de 4 ans non renouvelable (au lieu des deux fois trois ans), car il est important d’apporter du sang neuf en changeant régulièrement de gouvernance.

 

 

Et comment se porte votre entreprise Maviflex aujourd’hui ?

 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Maviflex est passé en quelques années de 8 millions à 27 millions de chiffre d’affaires en 2017 avec son unité de production et une belle équipe de 145 salariés.

 

 

Quel objectif prioritaire avez-vous donné à votre mandat ?

 

Le tout premier objectif est de nous rendre visibles en continuant à donner le maximum de sens à notre action. Etre dirigeant(e) représente le plus beau métier du monde. C’est pourquoi notre réseau souhaite encourager et accompagner de nouveaux talents et notamment ceux des femmes. Nous représentons 50% de la population mais seulement 10% de la gouvernance économique.

 

C’est pourquoi nous encourageons la prise de mandats par des femmes, notamment dans les conseils d’administration, car avoir
la chance de pouvoir porter un regard extérieur sur une autre entreprise que la sienne est non seulement passionnant mais également extrêmement formateur et porteur. Il y a au sein de notre réseau un véritable enjeu de partage de nos compétences pour nous faire grandir les unes les autres, dans un esprit de bénévolat.

 

S’aider au quotidien et réfléchir ensemble sur les nouveaux modèles d’entreprises. Demain, c’est maintenant. Il nous faut donc travailler en co-construction pour parvenir à un modèle idéal de management et d’entrepreneuriat.

 

 

Tout passe donc par la prise de responsabilités ?

 

Tout n’est pas blanc ou noir sur cette question bien entendu, puisque certaines dirigeantes exercent un management particulièrement dur tout comme des hommes insistent sur une grande collégialité de décision.

 

Le rôle des FCE France qui regroupe 2000 dirigeantes est cependant de favoriser la prise de responsabilités des femmes chefs d’entreprises dans la vie économique et de renforcer leur présence dans les instances décisionnelles au niveau local, régional et national. Notre objectif vise aussi la formation de nos membres, en incluant les femmes cadres dirigeants. 

 

 

Quel regard portez-vous sur l’entrepreneuriat au féminin ?

 

Mon regard c’est qu’il ne bouge pas. On parle beaucoup en France de l’entrepreneuriat au féminin, il existe beaucoup d’associations, il se passe des choses, mais pour autant les chiffres stagnent. Et le principal frein, c’est celui du f inancement, qu’il s’agisse de prêts ou de levées de fonds. C’est un fait, les femmes sont bien trop modestes sur leurs demandes. Et dans les banques, les demandes de prêts sont gérées en majorité par des hommes... 

 

 

Quelles mesures gouvernementales pourraient inciter les femmes à se lancer plus facilement ?

 

Nous sommes très bien lotis en France sur la création d’entreprise. C’est un pays où il fait bon entreprendre. Le problème ne se pose donc pas à la création mais après. Aujourd’hui, beaucoup de femmes créent leur entreprise pour créer leur emploi. Mais elles ne grandissent pas. C’est donc la phase d’après, quand l’entreprise a trois ans et plus, qu’il faudrait véritablement accompagner.

 

C’est pourquoi, je pense que le vrai sujet est plutôt celui de la reprise d’entreprises existantes par des femmes. En France, une femme aura plutôt tendance à créer son entreprise plutôt qu’à en reprendre une existante avec inévitablement des répercussions sur l’équilibre de sa vie familiale. Et pourtant, chaque année, 60 000 entreprises, employant environ 300 000 salariés, disparaissent faute de repreneur.

 

Nous travaillons donc énormément sur cette question avec France Initiative et Force Femmes pour qu’il y ait de vraies passerelles et pour créer un véritable déclic. Dans une reprise, surtout si elle est bien accompagnée, une femme dirigeante va pouvoir équilibrer sa vie professionnelle et sa vie familiale, car n’étant pas seule, elle pourra compter sur des compétences au sein de l’entreprise.

 

Si on avançait vraiment sur cet enjeu majeur, ça changerait tout pour l’entrepreneuriat français et pour l’emploi. Plutôt que de tout miser sur des start-ups qui ne créent pas beaucoup d’emplois, la reprise permet d’en sauvegarder de nombreux et d’en créer de nouveaux.

 

 

Les femmes sont plus nombreuses à la tête de TPE que de belles PME, d’ETI et d’entreprises du CAC 40. Que faire concrètement pour changer la donne ?


D’abord, comme je vous le disais, il faut encourager la reprise d’entreprises existantes, car il est plus facile de faire grandir une

société qui marche déjà que de partir de zéro. Mais je crois aussi que la réponse se fera naturellement avec la nouvelle génération. Car ces rééquilibrages économiques passent avant tout par des rééquilibrages familiaux. Les nouvelles générations X, Y et Z de jeunes hommes ne se posent plus du tout les mêmes questions que les précédentes.

 

Les équilibres de temps, la répartition des tâches dans le couple sont devenus naturels pour cette nouvelle génération. Ces jeunes hommes et ces jeunes femmes cherchent avant tout un équilibre global qui fasse sens dans leur vie. Les maris n’hésitent plus à suivre leurs épouses et tout ne se fait plus dans un seul sens comme auparavant. Je crois donc beaucoup à cette nouvelle génération pour faire bouger les choses naturellement.

 

 

Par ailleurs, vous défendez l’idée que le temps de présence en entreprise n’est pas un gage de performance. Expliquez-nous.

 

Je pense même qu’il est inversement proportionnel ! Quand on aime énormément son travail, on a besoin de se ressourcer. La famille, le sport, les amis rentrent dans cet équilibre-là. Et quand on est pleinement équilibré, on donne beaucoup à l’entreprise en retour. Quand on lit des livres, qu’on va au cinéma, qu’on échange avec ses amis, ça fait sens dans notre travail, ça nous nourrit, ça nous ouvre l’esprit, ça nous apporte des idées nouvelles et donc ça nourrit aussi ce qu’on apporte au quotidien à l’entreprise.

 

 

Concrètement, ça passe par quoi ? Comment avez-vous expérimenté cette idée dans votre propre entreprise ?

 

Ça passe par redonner de la liberté et des horaires aux collaborateurs, autoriser les récupérations comme les absences de courte durée, leur donner de la souplesse pour gérer les imprévus. Dans mon entreprise, par exemple, je pénalise les managers qui font faire des heures supplémentaires à leurs collaborateurs.

 

Si c’est ponctuel, pas de souci, mais si ça devient régulier, c’est qu’il y a un problème de management ou alors qu’il faut embaucher quelqu’un de plus. On a également mis plusieurs mesures en place, comme la fermeture des bureaux à 18h30. Et le fait que ce soit vrai pour moi aussi déculpabilise les cadres. On ne démarre pas une réunion le matin avant 9h30 ou l’après-midi après 16h30, afin que chacun puisse gérer ses impératifs familiaux.

 

Et si on est en retard à une réunion, on ne peut pas y entrer et y participer. Ces différentes mesures ont donné desrésultatsquantifiésconcrets.Tousles indicateurs de l’entreprise sont au vert.

 

 

Et que pensez-vous de cette thématique très actuelle du bien-être au travail pour éviter notamment la croissance du nombre de burn out ?

 

Je n’aime pas cette terminologie de « bien-être au travail », car pour moi, le bien-être est avant tout une notion intime et personnelle. Je préfère parler de « bien vivre au travail », en donnant à tous les collaborateurs un environnement de travail favorable à leur épanouissement. L’entreprise est un lieu incroyable d’évolution personnelle qui permet aussi de magnif iques rencontres humaines.

 

Là encore, il y a plein de mesures très concrètes à mettre en place comme je l’ai fait au sein de mon entreprise. Créer des espaces communs, créer des lieux de convivialité en extérieur mais dans l’enceinte de l’entreprise pour organiser des barbecues par exemple, mettre en place des espace de coworking en mode start-up, faire livrer des paniers de fruits et légumes frais, bio et de saison, favoriser des ateliers de compétences où un collaborateur vient donner des cours de photo, de couture, de cuisine, d’informatique ou d’anglais. Les bonnes idées ne manquent pas, il faut juste avoir l’audace de les inciter. 

 

 

L’audace est souvent au cœur de votre message. Les femmes chefs d’entreprises doivent-elles faire preuve de plus d’audace pour réussir ?

 

Pour les femmes, l’audace, c’est de ne pas attendre la récompense, car le système ne marche pas comme cela. Il faut affirmer ce que l’on veut, se positionner, prendre la parole. Dans mon expérience au sein de conseils d’administration, je me rends compte que ce sont les femmes les plus impertinentes, celles qui posent les bonnes questions, qui apportent des idées nouvelles, qui osent se poser en poil à gratter.

 

Les plus grands blocages que connaissent les femmes sont souvent ceux qu’elles s’imposent à elles-mêmes. Quand elles osent, quand elles sont plus audacieuses, la donne change immédiatement.

 

 

Que faire pour avancer en matière de juste égalité de traitements et de salaires ? 

 

Sur ce plan, les choses vont se mettre en place progressivement de par la loi. Mais c’est évident, ça n’avance pas assez vite. Si les femmes représentent 50% de la population et que 50% sortent des grandes écoles, elles ne représentent que 10% des mandats et 20% des chefs d’entreprises. L’égalité est un vaste sujet qu’il faut traiter dans toutes ses composantes.

 

 

Œuvrer ensemble en réseau, c’est essentiel d’après vous ?


Oui, c’est essentiel, c’est une des clés. C’est pour cette raison que FCE France s’est rapproché de France Initiative et de Force Femmes. C’est notamment grâce à notre réseau que des femmes dirigeantes peuvent rencontrer au quotidien les acteurs de l’économie de leur territoire (le président de la CCI, le président du Tribunal de Commerce, les élus, l’Urssaf...).

 

Autant de responsables qu’elles peuvent ensuite contacter plus facilement si besoin dans leur quotidien à la tête de leurs entreprises. A FCE France, notre mission essentielle, c’est cette bienveillance à co-construire ensemble pour avancer plus sereinement.

 

 

Comment intégrer votre réseau ?

 

Il suffit de remplir une demande d’adhésion directement sur notre site internet qui permettra à la présidente de la délégation de votre territoire de vous contacter. Quant à nos adhérentes, je leur donne rendez du 15 au 17 novembre prochains pour notre congrès national à Nantes dont la thématique tournera autour de la notion du temps : le temps de l’entreprise, le temps du management, le temps du travail, le temps des femmes aussi...

 

 

Un mot à adresser à toutes les femmes chefs d’entreprises pour conclure ?

 

Aller au bout de ses rêves et avoir l’audace de les réaliser !

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