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Digital : les dirigeants français ne sont pas assez concernés par le digital

Entreprendre.fr

Seuls 59% des dirigeants de PME françaises estiment que le digital est important pour leur entreprise, et 3 sur 10 considèrent le numérique comme une contrainte. Le risque ? Rater le coche et se laisser supplanter par des concurrents plus agiles.

Tous les voyants sont au vert : la valeur du commerce en ligne a triplé depuis 2007, les ventes de tablettes et de smartphones explosent, le cloud computing se généralise…

Or, la transition numérique – ou dématérialisation généralisée de l’organisation et des échanges des entreprises – ne semble pas affoler les dirigeants des PME tricolores. 

Les PME françaises à la traîne  
De leur côté, les internautes ont déjà largement adopté les nouveaux usages numériques...mais les entreprises ne suivent pas toujours.

«Les salariés adoptent le numérique plus vite dans leurs usages privés que dans l’entreprise. L’enjeu pour les PME est aujourd’hui d’accélérer leur mutation, c’est-à-dire combler ce fossé entre les usages en tant que particulier et ceux en tant que collaborateur », analyse Benjamin Grange, directeur général délégué du groupe Dentsu Aegis Network en France, auteur du livre Le dirigeant et la transformation numérique.

 

Les PME ont recours au numérique surtout pour leurs démarches administratives (81%) et la gestion (74%), moins pour la communication et la publicité (48%), la conception (35%) ou la commercialisation de produits et services (34%). Pire, les dirigeants des PME de moins de 500 salariés ne semblent pas avoir compris les enjeux de la transition numérique : 27% la considèrent comme une contrainte et 24% pensent pouvoir y échapper !  (Source : étude sur «Les enjeux de la transition numérique aux yeux des dirigeants de TPE-PME», Harris Interactive pour l’Ordre des experts-comptables).

 

Tous concernés
Il est courant pour une PME de posséder son site Internet, de recruter sur Viadeo ou LinkedIn, d’être référencée sur Pagesjaunes. fr, de prospecter de nouveaux fournisseurs en ligne… Là où le bât blesse, c’est que les dirigeants ne se sentent pas toujours concernés par la question du numérique, ou pensent avoir déjà fait le nécessaire.

 

Or, quel que soit le domaine d’activité, tous devront passer par une transformation globale, y compris ceux considérés comme plus «traditionnels» (l’agriculture, par exemple) et où les interactions avec les consommateurs finaux sont moins fréquentes. «Regardons comment nous agissons en tant que particulier pour comprendre comment les secteurs d’activité sont ou seront impactés», commente Benjamin Grange.

 

«Dans la majorité des situations que nous vivons où il s’agit de se renseigner, de comparer, de consulter les avis ou d’acheter un bien ou service, le premier réflexe est désormais le recours à l’ordinateur, la tablette ou le smartphone. Et ce réflexe se généralise». Bien entendu, les stades de maturité diffèrent selon les secteurs. Le tourisme, où près de la moitié des clients réservent leurs voyages en ligne, a ainsi déjà largement basculé dans l’ère numérique, avec à la clé un bouleversement du modèle économique des acteurs traditionnels.

 

Par exemple, les voyagistes ont dû repenser le rôle des agences physiques et le faire évoluer de la vente vers le conseil, tandis que les compagnies aériennes ont largement réintégré la vente en direct des billets d’avion. A contrario, certains secteurs entament tout juste leur mue. «Dans de nombreux secteurs traditionnels, comme le BTP, le transport ou la maintenance, cette question est trop souvent éludée : on aura toujours besoin de construire des routes ou des bâtiments, d’acheminer des produits ou d’effectuer des réparations.

 

Certaines entreprises, parce qu’elles fournissent des services dont on ne peut se passer, se pensent pour elles, le danger réside ailleurs : perdre la proximité avec leurs clients», prévient Jacques Rivière, directeur général délégué d’Ocean, entreprise spécialiste en solutions de géolocalisation.

Gagnant-gagnant
La transformation numérique crée un cercle vertueux permettant aux entreprises de mieux répondre aux attentes de leurs clients (produits numérisés, nouveaux canaux de distribution, offres personnalisées...) et de leur proposer une expérience d’achat et de consommation optimisée. Grâce au digital, elles répondront aux exigences accrues de leur clientèle et pourront nouer avec elle une relation directe et continue. Site marchand, présence sur les réseaux sociaux, développement d’une application sont autant d’outils indispensables pour créer ce lien, et les possibilités ne font que commencer.

 

Parallèlement, le numérique est aussi un moyen pour les entreprises d’améliorer leur efficacité opérationnelle et de gagner en compétitivité-coût. Par exemple, en simplifiant et automatisant leurs processus, elles peuvent augmenter sensiblement leur productivité et alléger leur structure de coûts.

 

Pour Jacques Rivière, le numérique reste un outil, et non un but en soi : « L’innovation doit donc s’appliquer avant tout aux processus, aux métiers et à l’organisation des entreprises. Par exemple, travailler l’intuitivité d’une application permettra de réduire le nombre de collaborateurs dédiés à la formation sur ce logiciel, et de les réaffecter à des postes de suivi commercial client. La plus-value d’un service ne réside donc plus dans le savoir, aujourd’hui accessible à tous via Internet dans de nombreux cas, mais dans l’organisation et la méthodologie pour adresser ses différents marchés».

 

Même constat chez Benjamin Grange, pour qui il faut accepter de prendre des risques, d’innover en permanence. « Cela passe par l’acceptation que 9 idées sur 10 seront mécaniquement abandonnées, au profit d’une seule», commente-t-il.

 

« C’est bien une transformation inédite qu’impose le numérique, mais il ne faut pas en surestimer la difficulté pour autant. La mise en oeuvre, la pratique assez souvent tirée du bon sens, de l’expérience et de la qualité de la relation humaine, préexistent dans l’entreprise. En revanche, il est vraiment nécessaire d’agir davantage et plus vite. La vitesse d’action est une nouvelle forme de pouvoir à l’ère du numérique, et les géants de l’Internet l’ont bien compris». Aux PME de profiter de l’aubaine.

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