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Daniel Bour, l'homme qui mise sur le solaire

Entreprendre.fr

Ce producteur indépendant d’électricité en France et à l’international l'affirme : le solaire représente un potentiel considérable de croissance et de création d’emplois. Rencontre avec Daniel Bour, le Monsieur Solaire français, fondateur de La Générale du Solaire et président depuis 2014 d'Enerplan, le syndicat des professionnels de l'énergie solaire,

À 61 ans, Daniel Bour, défenseur des énergies vertes, ingénieur du génie rural, des eaux et forêts, ex-PDG de la Générale de Santé, se bat avec acharnement depuis 10 ans contre l'avalanche de réglementations, l'absence de cohérence des politiques publiques et les freins administratifs qui minent sa filière. Aujourd'hui, c'est avec optimisme qu'il nous parle de l'avenir du solaire tricolore.

 

 

En France, le solaire a représenté 1,6% de la production d'électricité en 2016. C'est peu, non ?

 

Daniel Bour : Oui, la France a accumulé un retard important dans un contexte de développement très rapide de l’énergie solaire partout dans le monde. La comparaison avec l’Allemagne notamment est édifiante : nous disposons d’une capacité totale de production raccordée au réseau de 6 GW alors que le parc solaire allemand en est déjà à plus de 40 GW en production et installe chaque année jusqu’à 2 GW de nouvelles centrales solaires.

 

Ce retard est encore plus aigu à l’échelle mondiale : la Chine affiche désormais près de 77 GW de puissance installée et prévoit d’augmenter de 40% ce parc d’ici 2020. Plusieurs pays atteignent désormais des taux de pénétration de l’énergie solaire significatifs, de l’ordre de 10%. Avec 1,6%, la France est encore loin du compte mais si l’on veut voir le bon côté des choses, cela signifie que le potentiel de croissance est considérable.

 

 

Comment expliquez-vous ce retard ?

 

Nous avons connu un développement assez chaotique au rythme des évolutions du cadre réglementaire. Aux années de très forte accélération entre 2007 et 2010 ont succédé des années de grande incertitude jusqu’à l’entrée en vigueur des principaux décrets et arrêtés de la loi de transition énergétique, en 2016-2017.

 

Le mécanisme mis en place par le Grenelle a été mal calibré par les pouvoirs publics : trop favorable et n’accompagnant pas suffisamment la baisse rapide des coûts des matériels (notamment les panneaux), il a entraîné la formation d’une bulle spéculative. Le moratoire instauré fin 2010 en a été la conséquence logique. Le problème est qu’il n’a pas été suivi par l’établissement d’un nouveau cadre réglementaire de substitution, mais par une sorte de vide, interrompu par quelques appels d’offres lancés au bon vouloir des différents ministres de l’Énergie qui se sont succédés.

 

Cette absence de visibilité a conduit de nombreuses entreprises à arrêter leur activité, qu’il s’agisse du développement de projets ou de la fabrication industrielle de matériels, avec pour résultat un étiolement du savoir-faire au moment précis où les autres pays investissaient massivement.

 

 

Nos entreprises sont-elles compétitives ?

 

La filière française est compétitive sur de nombreux segments du marché. En matière industrielle, les difficultés à fabriquer des cellules solaires en France face à la concurrence internationale ne doit pas faire oublier que nous avons des leaders mondiaux sur les onduleurs, les transformateurs, les systèmes d’intégration en toiture, les trackers solaires... La part du panneau dans la valeur totale d’une centrale ne cesse de diminuer.

 

À l’inverse, l’électronique de puissance, le stockage, l’intégration au réseau, la gestion intelligente de l’énergie prennent déjà une place prépondérante qui ne cesse de s’accroître. Avec l’INES, nous disposons de capacités dédiées à la R&D et à l’accompagnement de l’innovation autour d’un pôle technologique de premier plan. Nous avons la possibilité de devenir un pays véritablement leader mondial dans ce domaine, si nous nous engageons résolument dans cette voie avec conviction et les moyens nécessaires.

 

Plus que de saupoudrer de l’argent public ici où là dans des démonstrateurs, il s’agit surtout d’accompagner l’assise du marché au moyen d’un assouplissement réglementaire. Si le marché est là, les investissements et les innovations suivront !

 

 

En tant que président d'Enerplan, qu'attendez-vous des pouvoirs publics ?

 

La loi sur la transition énergétique a fixé un cadre réglementaire, au terme de près de 3 années de réflexion. Cette loi se traduit par un texte réglementaire, la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie, qui en décline les objectifs jusqu’en 2019 puis jusqu’en 2023. Cette PPE constitue l’épine dorsale à laquelle sont adossés les mécanismes de tarifs (pour les centrales de moins de 100 kWc) ou d’appels d’offres (pour les centrales de plus de 100 kWc), avec un calendrier précis sur les 3 ans à venir.

 

Même si tout n’est pas parfait, ce cadre présente le mérite d’être désormais pleinement opérationnel et d’apporter la visibilité indispensable pour un secteur comme le nôtre, qui mobilise des investissements importants et sur le très long terme. On ne peut pas se permettre de se relancer dans une nouvelle refonte. Nous pouvons en revanche poursuivre le travail avec les pouvoirs publics pour contribuer à améliorer ce qui peut l’être.

 

 

Quoi par exemple ?

 

Si les chantiers ne manquent pas, j’en distingue 3 essentiels. Le premier, le plus urgent, est celui de la simplification : les procédures d’urbanisme sont trop lourdes et paralysent de nombreux projets. Le second est celui de la transparence. Notre système souffre encore d’une trop grande opacité. Enfin, le troisième est celui du développement d’une filière française du stockage. Nous avons des acteurs industriels, des intégrateurs de systèmes, des start-up innovantes, des développeurs de projets désireux de se positionner. La France peut et doit devenir un des pays leaders sur le stockage de l’énergie, une rupture technologique qui va apporter des bouleversements sans précédent dans nos systèmes énergétiques.

 

 

Quels seraient les bénéfices ?

 

Selon une étude menée à l’initiative d’acteurs tels qu’Enerplan, l’ADEME ou le think tank France Territoire Solaire, et réalisée par le consortium I-Care, E-Cube et In-Numeri, le solaire peut générer la création de 25.000 emplois directs d’ici 2025. Cela suppose de suivre la trajectoire prévue par la PPE. Les bénéfices du développement du solaire sont nombreux : c’est une technologie de production d’énergie décentralisée qui alimente localement au plus près des besoins.

 

Pour les collectivités locales, c’est la possibilité de se réapproprier leur politique énergétique, de créer et maintenir des emplois au cœur des territoires, sans parler des retombées en termes de recettes fiscales. Le solaire peut également être utilisé comme outil de valorisation foncière : nombreuses sont les collectivités à implanter ainsi des centrales solaires sur leur ancienne décharge municipale ou sur des friches trop polluées pour être reconverties dans un usage résidentiel ou commercial. Enfin, les collectivités, confrontées à des budgets contraints, font de plus en plus appel au solaire afin de financer la rénovation et la maintenance des toitures de bâtiments publics.

 

Ces arguments valent aussi pour d’autres et de plus en plus d’industriels se lancent dans un projet solaire pour les mêmes raisons.

 

 

La Générale du Solaire aura bientôt 10 ans. Quelles sont vos ambitions ?

 

Nous avons des objectifs de croissance d’activité importants pour dépasser rapidement 50 M€ de CA cet plus de 100 MWc en exploitation propre. Mais cette croissance doit être harmonieuse socialement. Nous voulons participer pleinement aux objectifs de la Loi sur la transition énergétique et être à la hauteur des ambitions de la France en la matière, mais aussi au niveau international où le besoin d’énergie verte est colossal, notamment en Afrique.

 

Le groupe est réputé pour les centrales en toitures et pour les centrales au sol sur des terrains à forte complexité, souvent pollués ou artificialisés. Nous portons également nos efforts sur l’autoconsommation, le stockage et les smart grids qui seront demain le complément souvent indispensable de l’énergie solaire. Le marché est traversé par des évolutions fulgurantes qui sont autant de sources d’opportunités à condition de savoir les capter et les exploiter.

 

La rapidité de ces évolutions donne un avantage compétitif aux acteurs qui se montrent les plus agiles et les plus évolutifs, nous veillerons donc à conserver cette flexibilité qui est aujourd’hui notre principal atout face à des groupes de taille beaucoup plus importante.

 

 

Vous venez de lever 2,5 M€ sur Lendosphère. Pourquoi avoir choisi le financement participatif ?

 

Les trois enjeux essentiels du secteur sont l'autoconsommation, le stockage et le développement international. Notre groupe va donc investir les fonds levés dans ces trois axes de croissance sur lesquels nous sommes positionnés. Le financement participatif permet à l’ensemble des citoyens de contribuer à la transition énergétique et il me paraît particulièrement pertinent de faire appel à une épargne citoyenne pour le développement des énergies renouvelables.

 

Cela correspond aussi à une démarche de transparence et de pédagogie pour notre secteur. Par ailleurs, le financement participatif permet de mobiliser une source alternative de financement pour accompagner la croissance de l’activité de notre entreprise. Nos partenaires locaux participent ainsi au développement de la filière énergies renouvelables en région.

 

 

Faut-il être écologiste pour diriger une entreprise comme la vôtre ?

 

Diriger une entreprise dans les énergies renouvelables requiert les mêmes dispositions que dans tout autre secteur. Mais la complexité de notre environnement régulé et le parcours du combattant que représente le développement d’un projet dans notre pays sont tels qu’il faut sans aucun doute de réelles convictions écologiques pour persévérer dans cette voie.

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