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Comment les PME peuvent-elles financer l'innovation ?

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Aujourd’hui, pour réussir, il est impératif de développer de nouveaux produits et services. Et donc de disposer des ressources financières avant un retour sur investissement qui peut prendre plusieurs années.

Contrairement aux idées reçues, l’innovation n’est pas cantonnée aux activités de recherche et développement. La R&D est une composante facultative de l’innovation, au même titre que le design par exemple. On parle d’innovation dès lors que l’entreprise met en œuvre un concept novateur dont l’aboutissement crée de la valeur pour l’entreprise et son marché.

 

Selon l’INSEE, près de 50% des entreprises françaises de plus de 10 salariés innovent… souvent sans le savoir. Les entreprises financent leurs investissements d’innovation essentiellement en fonds propres. En effet, le risque est trop élevé et l’absence d’actifs matériels rend le recours à l’endettement bancaire difficile, voire quasi impossible à obtenir.

 

Les financements alternatifs, comme le crowdfunding, sont en forte progression mais les montants restent marginaux par rapport aux besoins.

 

Des aides peu lisibles

Aujourd’hui, la principale source de financement reste la sphère publique. Considérée comme un vecteur de compétitivité économique et de création de valeur, l’innovation bénéficie en effet d’un fort soutien de l’État et de l’Europe. De nombreux dispositifs d’aides couvrant les différents types et stades de l’innovation existent.

 

En 2015, l’État a ainsi distribué 8,5 Mds€ en soutien à l’innovation, dont près de 75% sous forme d’incitations fiscales, un peu moins de 20% sous forme d’aides et de subventions, seulement 4,4% en prises de participation et 2,3% en prêts.

 

Pour les dirigeants, s'y retrouver dans une offre pléthorique est un véritable casse-tête. Entre 2010 et 2015, le nombre de dispositifs nationaux de soutien à l’innovation à doublé pour atteindre 62. Les entreprises ne disposant pas de compétences financières, administratives et juridiques en interne, ont une accessibilité réduite à toutes ces aides.

 

En conséquence, plus de 70% des grandes entreprises ont reçu des aides pour innover alors que moins de 50% des PME qui innovent en ont bénéficié. Ces dernières ont souvent recours à l’externalisation auprès d’experts en financements pour leur permettre d’accéder à ces dispositifs d’aides.

 

Incontournables CIR et CII

Le Crédit d'Impôt Recherche (CIR) est le dispositif fiscal phare du gouvernement pour aider les entreprises à développer leur activité de R&D. Il permet aux entreprises innovantes de financer jusqu’à 30% de leurs dépenses de R&D sous forme de remboursement ou de réduction d'impôt.

 

Pour y prétendre, l'entreprise doit alors qualifier ses dépenses et justifier la nature des travaux réalisés d'après la réglementation fiscale en vigueur.

 

La loi de finances 2013 a instauré la mise en place du Crédit d’Impôt Innovation pour les PME (moins de 250 salariés et CA inférieur à 50 M€) qui peuvent bénéficier, en complément du CIR, d’un crédit impôt innovation (CII) au titre de leurs dépenses d’innovation relatives à la conception de prototypes ou installations pilotes de «produits nouveaux», soit présentant des innovations et des performances techniques supérieures aux produits que commercialisent vos concurrents. Le montant est de 20% des dépenses éligibles, plafonnées à 400.000 € par an et par entreprise.

 

Cette manne financière a donné naissance à un véritable marché de cabinets de conseil qui se proposent d’aider les dirigeants à monter leurs dossiers, moyennant une confortable commission. L’administration fiscale se montrant assez pointilleuse sur le sujet, de nombreux redressements ont été effectués.

 

Pour assainir la situation, la médiation inter-entreprises a mis en place un dispositif de référencement des acteurs du secteur. Le médiateur, Pierre Pelouzet, résume ainsi la situation : «Certains cabinets amènent des entreprises à faire des demandes alors qu'elles ne devraient pas y avoir droit. S'ensuit un contrôle fiscal, puis un redressement. Voyant cela, beaucoup d'autres entreprises prennent peur et hésitent à réclamer un crédit d'impôt alors qu'elles pourraient tout à fait y prétendre. Faire appel à un acteur référencé constitue une assurance, pour le client, d'être face à quelqu'un de sérieux. En revanche, le fait pour un cabinet de ne pas être référencé ne signifiera pas qu'il est mauvais».

 

Les PME ne doivent évidemment pas fermer la porte à ces soutiens auxquels elles ont droit, mais doivent le faire prudemment, en faisant appel aux bons prestataires et sans trop s’impliquer dans une activité qui peut se révéler très chronophage.

 

Séduire les investisseurs

L’autre solution pour disposer des moyens financiers nécessaires à l’innovation passe par l’ouverture du capital. Les investisseurs privés, business angels et fonds d’investissement, sont naturellement attirés par les entreprises innovantes.

 

Éric Vaysset, directeur général de Scientipôle, qui se positionne comme «l’accélérateur» du 1er million d’euros de CA de la Région Île-de-France et accompagne plus de 450 jeunes entreprises chaque année, dont la solution de paiement Slimpay, la plate-forme de collaboration scientifique Daitaku ou le concepteur de l’exosquelette Wandercraft, en est convaincu, les PME innovantes sont confrontées à un cercle vicieux : «Il existe un réel problème d’accélération des TPE innovantes en France et les raisons à cela sont multiples : difficulté à trouver des fonds propres en phase d’amorçage, équipes pas toujours expérimentées commercialement car souvent fondées par des profils techniques, pour en citer deux.

 

En France, 92% des entreprises sont des TPE et mettent en moyenne 5 ans à passer le cap du 1er million d’euro de CA, ce qui est long s’agissant de jeunes entreprises innovantes dont le principal facteur différenciant est d’ordre technologique, cette différenciation s’érodant par définition avec le temps !».

 

Enclencher un cycle de croissance pour passer le cap du 1er million d’euros de chiffres très rapidement, est crucial si l’on veut que ces TPE deviennent rapidement des PME créatrices d’emplois.

 

«Une autre difficulté réside dans les relations avec les grands groupes, qui sont encore réticents à ''prendre le risque'' de travailler avec des jeunes entreprises encore fragiles qui sont pourtant souvent porteuses d’agilité et de capacités d’innovation que les grands groupes n’ont pas forcément… Sans cet appui, et au vu de l'économie actuelle, les banques ne peuvent évidemment souvent pas suivre. Il est nécessaire de mettre en place un cercle vertueux, où aussi bien les start-up que les grands groupes, les investisseurs et l’État s'entraident et y trouvent leur compte. Il faut notamment faciliter un développement rapide car nous estimons que plus les start-up mettent du temps à entrer sur le marché plus elles peinent à décoller».

 

Pour Éric Vaysset, plus que d’argent, les entreprises innovantes ont besoin d’être suivies sur la durée.

 

«On aborde souvent la question du financement de l’innovation sous une forme immédiate, avec l’obtention d’une aide ou d’un prêt à des conditions privilégiées, ou sur le court terme, avec un programme de 3 à 6 mois pour lever des fonds. Mais l’innovation est un processus sur le long terme. C’est pourquoi nous proposons d’accompagner des entreprises sur une période de 3 ans, avec un parcours sur-mesure permettant aux start-up participantes de structurer leurs projets, de financer l’amorçage sans dilution, sous la forme d’un prêt d'honneur à taux zéro et sans garantie personnelle allant jusqu'à 120.000 €, et d’un accompagnement pour piloter et accélérer leur croissance, avec l’intervention de Business Developers confirmés, l’entourage de mentors et des rencontre avec des clients potentiels PME/ETI/Grands Comptes».

 

Faire appel aux investisseurs, aux subventions publiques ou aux prêts garantis, les solutions existent pour que les entreprises puissent non seulement développer de nouveaux produits et services, mais aussi transformer l’innovation en succès commerciaux.

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