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Aurélie Taquillain : « Financer de nouvelles places en crèches, un défi pour les entreprises, un devoir pour l'égalité femmes-hommes »

Aurélie Taquillain
Par Aurélie Taquillain, adjointe au maire de Courbevoie, conseillère départementale des Hauts-de-Seine en charge du Tourisme

Pour Aurélie Taquillain, adjointe au maire de Courbevoie, il est « inacceptable qu’en 2018, une mère soit encore obligée de cesser son activité professionnelle pour garder son enfant ». L'élue de Courbevoie propose que les entreprises du CAC40 financent des places en crèche, sous peine de pénalités.

Selon l'Observatoire national de la petite enfance (ONPE), seul un enfant sur deux disposerait d’un mode d’accueil, autre que sa famille.

 

43 % des mères de famille de trois enfants ou plus sont actives. Faute le plus souvent de solution d’accueil, une partie des femmes ne peut donc pas à avoir accès au marché du travail ou doit se contenter d’emplois à temps partiel.

 

L’égalité femmes-hommes se mesure au-delà de l’égalité salariale par l’investissement des entreprises pour mieux accompagner leurs salariés à concilier vie professionnelle et vie familiale. Les entreprises doivent plus s’investir en faveur de la petite enfance en proposant à leurs salariés un soutien aux modes d’accueil collectif : c’est un atout formidable pour les fidéliser, réduire l’absentéisme et leur permettre de mieux s’épanouir.

 

La petite enfance, véritable facteur d’attractivité pour notre territoire

 

L’accueil en crèche reste encore insuffisant. La progression du nombre de places de crèches demeure très inférieure à celle des besoins. Le Haut Conseil de la famille (HCF) estime le besoin à 230 000 places supplémentaires. La question reste son financement. Une place en crèche coute environ 15 000 euros par an.

 

Le gouvernement d’Edouard Philippe a pris la pleine mesure de cette question. Le guichet administratif unique pour permettre aux gestionnaires de projets de crèches d’être mieux informés des différentes réglementations est une bonne chose pour accroître le nombre de modes de garde. Clarifier les normes locales tout en maintenant la qualité d’accueil est un bon signal. De plus, le très ambitieux Plan Pauvreté, axé sur le soutien aux familles les plus défavorisées dès le plus jeune âge avec un accès plus important aux crèches, est à saluer. Il doit favoriser la mixité dans les structures destinées à la petite enfance.

 

Nous devons investir dès le plus jeune âge pour un plus grand nombre de modes d’accueil collectif ou individuel. Il n’est pas acceptable qu’en 2018, une mère soit obligée de cesser son activité professionnelle pour garder son enfant.

 

A Courbevoie, dans ma commune, nous avons un tissu économique important, avec la Défense et les sièges de grandes entreprises du CAC 40, mais aussi de nombreuses TPE, PME, ETI et start-up.

 

En tant que maire adjointe à la Famille et à la Petite enfance depuis 2014, je mesure chaque jour le besoin des parents de trouver une solution d’accueil. Malgré des contraintes budgétaires croissantes, nous avons fait le choix de continuer à investir dans la petite enfance, véritable facteur d’attractivité pour notre territoire.

 

Inciter les entreprises à financer des places en crèche

 

Je regrette que les entreprises ne financent pas assez de places en crèche pour leurs salariés. En effet, les entreprises n'ont aucune obligation à financer des places. C’est donc souvent à la collectivité locale de trouver une solution de garde. A Courbevoie, des Courbevoisiens salariés de grandes entreprises du CAC 40 n’ont pas de modes de garde financés par leurs employeurs et se retournent vers la ville.

 

Le gouvernement doit développer une politique incitative pour conduire les entreprises à financer des places en crèche pour leurs salariés. Les collectivités locales ne peuvent pas assumer seules les modes d’accueil de jeunes enfants !

 

Les plus petites entreprises devraient systématiquement avoir accès au crédit d'impôt famille (CIFAM) qui finance la moitié des sommes investies par les employeurs dans des places de crèche. Pour les grosses entreprises du CAC, il faudrait rendre obligatoire le financement d'un certain nombre de places de crèches, sous peine de pénalités.

 

Jusqu’à présent, seuls les travailleurs salariés peuvent inscrire leurs enfants dans les crèches d’entreprises, ce qui est vraiment problématique. Les professions libérales, les artisans ou les micro-entrepreneurs n'ont en effet aujourd'hui pas accès à cette aide, augmentant considérablement leurs coûts de réservation d'un berceau. Exclure les artisans ou les créateurs d’entreprises, n’est-ce pas créer un système fait pour les grands groupes et excluant les petites structures ? Un créateur d’entreprise, lorsqu'il se lance, n’a-t-il pas plus besoin que les autres de stabilité dans son organisation familiale ? Une personne en profession libérale n’est-elle pas plus exposée dans son métier lorsqu’un imprévu de garde d’enfant perturbe sa journée de travail ?

 

Je saisirai Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics, afin de l’alerter sur ce sujet qui pénalise beaucoup les indépendants dans la recherche de leur mode de garde. Le CIFAM doit être élargi aux indépendants.

 

Les crèches collectives remplissent une fonction à la fois éducative et sociale

 

En 2018, il est plus que nécessaire de développer une politique d’accueil de la petite enfance pour aider les parents à mieux concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale. Tous les acteurs doivent se sentir concernés, car c’est l’affaire de tous, et pas seulement un sujet réservé aux femmes.

 

Plus de places de crèches, c’est plus de modes de gardes pour demain. Il faut mener cette politique d’information, de pédagogie, d’incitation auprès des entreprises.

 

Nous ne pouvons pas négliger l’importance de l’éveil et de la socialisation du jeune enfant accueilli dans les crèches. Les crèches collectives remplissent une fonction à la fois éducative et sociale. C’est le premier vecteur d’insertion sociale dans un quartier.

 

Développer le nombre de place de crèches, c’est donner aux mères de famille la possibilité de se maintenir sur le marché du travail et permettre à une proportion croissante d’entre elles de s’investir dans leur vie professionnelle et d’accéder ainsi plus facilement à des emplois de cadres. Notre société prône la parité entre les sexes. Nous avons un magnifique challenge à réussir, il en va de l’avenir des générations futures.

 

 

Aurélie Taquillain

Conseillère départementale des Hauts-de-Seine en charge du Tourisme, adjointe au maire de Courbevoie, Aurélie Taquillain, née en 1983, est élue dans les Hauts-de-Seine depuis 2011, actuellement adjointe déléguée à la Famille, Petite Enfance et Vie Associative. Elle poursuit également une carrière dans le secteur public en charge des grands projets dans une collectivité locale, après avoir travaillé dans le secteur privé dans un groupe gazier.

Aurélie Taquillain a commencé sa carrière dans le secteur public ou elle a évolué durant 10 ans en tant que conseillère au cabinet de Luc Chatel, Ministre de l'Industrie et de l'Education nationale, d'Eric Woerth, Ministre du Travail et de la Fonction publique, et de Patrick Ollier, Ministre chargé des Relations avec le Parlement auprès du Premier Ministre.

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