Entreprises : comment grandir plus vite ?

Je veux que des marchés publics soient réservés aux PME comme cela se passe aux États-Unis parce que c'est toujours la même chose : quand un marché public fait un appel d'offres, c'est toujours le plus grand qui gagne, avec les prix les plus bas... et les petits disparaissent», déclarait Nicolas Sarkozy lors de son meeting de Lyon, le 17 mars, pour présenter son «Small Business Act». De gauche comme de droite, les candidats à l'élection présidentielle se mettent au chevet des PME tricolores et rivalisent à faire émerger des PME de taille internationale, comparables à leurs concurrentes allemandes ou britanniques, et le contraste extraordinaire entre une myriade de petites entreprises d'une part (l'effectif moyen d'une PME hexagonale est de 19 salariés) et une grosse centaine de grands groupes d'envergure mondiale d'autre part.

Les entreprises de taille intermédiaire (ETI), ces sociétés de 250 à 5.000 salariés taillées pour l'international et pouvant supporter le coût de l'innovation, ne sont quant à elles que quelques milliers. Selon Montaigne, commanditaire d'un rapport sur le sujet*, leur nombre décline, même. De 4.507 en 2008, elles sont passées à 4.195 en 2009, 3 fois moins qu'outre-Rhin. À l'heure où le déficit commercial culmine à 69,59 milliards d'euros (contre 51,52 milliards en 2010), restaurer la compétitivité des PME est primordial et de tous bords, les suggestions de réformes fusent. Où sont les véritables priorités ? Quels sont les secrets des fleurons français qui, envers et contre à grandir et à exporl'institut tout, réussissent ter ? Enquête.

«En France, les cadres préfèrent travailler dans des grands groupes plutôt que dans des PME, alors que c'est là qu'ils pourraient faire la différence». Jean-Christophe Giroux, DG de Manitou

«La France est un marché compliqué qui préfère faire confiance aux grandes entreprises». Hervé Borgoltz, président de DBT

un plafond de verre

En France, les PME créent davantage de richesses que les grandes entreprises, dont l'univers d'investissement est mondial. Sur les 2,8 millions d'emplois créés en France ces 20 dernières années, 2,3 millions l'ont été par des PME. Mais c'est au moment de se développer que les problèmes commencent : le gros des troupes reste de petite taille et rechigne tant à l'embauche qu'à l'investissement, comme limité par un plafond de verre. «Nous avons identifié différents grands blocages à la croissance des PME», commente Arnaud Vaissié, P-DG d'International SOS et président du groupe de travail de l'institut Montaigne. «Le premier est le levier du financement. Il n'y a pas assez de capital dans la création d'entreprises en France. Elles démarrent avec un ratio de capital inférieur à celui des entreprises anglaises. Or, il y a une corrélation entre le niveau du capital d'une entreprise au démarrage et sa pérennité à cinq ans. Ensuite, il existe un rapport de force déséquilibré avec les grands groupes, en particulier sur les délais de paiement. Des progrès ont été réalisés, mais il faut persévérer. Le troisième élément financier, c'est la faible profitabilité de nos PME, qui n'arrivent pas à se construire du capital». Cette sous-capitalisation des entreprises dans leur phase de croissance réduit leurs chances d'obtenir des prêts bancaires, dans un climat prudentiel déjà endurci.

Pourtant, avec son fort taux d'épargne, ses banques et sociétés d'assurances solides et puissantes, l'Hexagone a de précieux atouts. La proposition de l'institut Montaigne : inciter les grands groupes français à avoir leur fonds d'investissement en interne ou par filière (sur le modèle du FMEA) pour investir dans les start-up ou les PME. «Il faut prendre l'argent là où il est : chez les particuliers, les grandes entreprises et l'État. Nous croyons au fait que si l'on donne un avantage fiscal pour l'investissement dans les PME, les particuliers investiront. Cette mesure, pourtant très efficace, a été réduite en 2011», observe Arnaud Vaissié.

DBT, une PME du Nord-Pasde-Calais de 47 salariés (11 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2011), fabricante de bornes de recharges électriques pour les collectivités et les grandes entreprises, vient de décrocher un contrat avec Nissan pour accélérer le déploiement de la recharge rapide en France et en Europe. Conséquence : la petite française, dont les concurrentes européennes s'appellent Schneider ou Green Motion, renforce son équipe avec une dizaine d'embauches et prévoit 20 millions d'euros de chiffre d'affaires cette année. Pour financer la croissance, son patron, Hervé Borgoltz, cinquante-huit ans, ancien de Gazeo (groupe Lazard) et de Siglos (devenu Atos Origin), a opté pour des levées de fonds. «Nous avons décidé d'étendre l'entreprise dans des locaux deplus de 2.000 m² de façon à pouvoir répondre à la demande. Ces investissements (4 à 5 millions d'euros, NDLR) ont été permis par notre levée de fonds d'avril 2011 et celle qui s'apprête à être effectuée en 2012». Ses points forts pour convaincre les investisseurs ? Un secteur porteur, «les prix du carburant ont récemment atteint un niveau sans précédent... L'alternative, c'est l'électrique et qui dit électrique, dit bornes», ainsi qu'une «absence de complexes face aux grands groupes» qui l'a conduit à exporter dans 15 pays à travers des filiales et partenaires I commerciaux. «Tout le pari que je y fais, c'est de choisir d'entrée de jeu 1 un développement international car la France est un marché compliqué qui préfère faire confiance aux grandes entreprises. Pour moi, la solution c'est d'aller me développer dans les pays scandinaves, au Benelux, en Hollande, en Angleterre...», confie l'entrepreneur. Se donner les moyens de ses ambitions... une question de mental ?

Un état d'esprit

«Outre l'aspect coût du travail, qui représente un handicap en termes de compétitivité dans la zone euro, l'autre obstacle à la croissance important à franchir est culturel», souligne Arnaud Vaissié. «En France, 70% des quinze, trente ans souhaitent devenir fonctionnaires. Il faut valoriser l'entrepreneuriat, montrer que créer une entreprise n 'est pas aussi risqué que cela en a l'air. Pour cela, nous souhaitons monter des partenariats université/entreprise de façon à pousser les jeunes à créer leur affaire. L'âge moyen des créateurs d'entreprise s'élève à trente-huit ans et demi en France, trente-six ans en Allemagne et trente-quatre ans au Royaume-Uni.

Les grands succès américains comme Facebook ont été créés par des étudiants. Il faut remettre la prise de risque au coeur du système», observe l'expert. Cette nouvelle génération d'entrepreneurs serait plus apte à relever certains défis de l'international : le recours aux outils numériques et la maîtrise parfaite de l'anglais.

L'analyse de Jean-Christophe Giroux, quarante-sept ans, directeur général de l'ETI d'Ancenis, Manitou

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