Longtemps éclipsée par le concurrent suisse, la montre française revient sur le devant de la scène... principalement en Franche-Comté, avec des compétences et un vrai savoir-faire.
Terre historique de l'horlogerie traditionnelle, la Franche-Comté, Besançon en tête, renoue avec son passé prestigieux, au zénith de l'horlogerie mondiale jusqu'en 1950. « Nous assistons à un changement d'état d'esprit surtout dans cette région, terre de tradition horlogère, car nous avons pris conscience du potentiel de création d'emplois de cette activité », confirme Patrice Besnard, délégué général de la Chambre française de l'horlogerie et des microtechniques (CFHM). Le pays n'a pourtant jamais totalement perdu pied. « Malgré les fermetures d'usines et les licenciements, bon nombre d'industriels franc-comtois ont continué à développer des marques et des fabricants de composants à travailler pour de grands groupes, notamment helvétiques », tempère-t-il. Alors la prédominance suisse est-elle révolue?
Besançon, au temps de l'horlogerie
Sans rivaliser encore avec le voisin helvétique, l'horlogerie française sort la tête de l'eau. De nombreux exemples viennent de remettre les pendules à l'heure hexagonale. « Plusieurs entreprises ont désormais la volonté de redévelopper une marque française», souligne Patrice Besnard. En 2004, alors que L.Leroy, sous l'impulsion de son nouveau propriétaire espagnol Miguel Rodriguez L (montres Festina), ouvre une usine d'assemblage à Besançon, les Leibundgut Père&Fils osent créer une manufacture et un calibre à Morteau (Doubs). De quoi ranimer dans leur sillon un vivier d'activités. L'observatoire national de Besançon, qui avait suspendu ses activités de certification en 1970, a récemment décidé de leur reprise afin de juger de la stabilité des montres dans la mesure du temps. L'implantation de services après-vente par des marques helvétiques constitue également une preuve de ce renouveau de l'horlogerie franc-comtoise. «Il existe des compétences et un vrai savoir-faire unique dans cette région», insiste le représentant de la CFHM.
Malgré les années noires causées par l'arrivée du quartz et la concurrence japonaise, qui ont vu faillites de manufacture et licenciements, la France a su conserver les atouts qui ont autrefois oeuvré au prestige de son horlogerie, notamment un vrai savoir-faire. Ainsi, le réseau d'anciens producteurs reconvertis en fabricants de composants séduit les industriels helvétiques. Breitling par exemple choisit la zone technologique de Témis à Besançon pour implanter son nouveau bâtiment. En investissant cette ville, la marque envoie un signal fort et positif en direction de ceux qui émettent des doutes sur le potentiel de l'économie horlogère locale. L'atout du site franc-comtois reste la qualification de sa main-d'oeuvre. «Il y a toujours énormément de compétences, notamment les fournisseurs d'aiguilles, de cadrans, de boîtiers...», explique Julien Leibundgut, codirecteur de la manufacture Pequignet. Une expérience consolidée par le système de formation bisontin, avec la présence du réputé lycée Edgar Faure de Morteau. «L'industrie suisse compte parmi ses effectifs près de 50% de main-d'oeuvre française, ce qui explique en partie son succès», assure le directeur général de la CFHM.
La production horlogère française s'est établie à 290 millions d'euros en 2011, contre 232 en 2010. Source : www.ecostat-francelat.fr
L'excellence française
Ruinée par la montre à pile, venue d'abord du Japon puis de Suisse, l'industrie horlogère française, loin de ravir sa place de leader à la Suisse, mise avant tout sur des produits à forte valeur ajoutée. D'autant que, à l'inverse d'autres secteurs qui délocalisent pour trouver une main-d'oeuvre meilleur marché à l'étranger, il est moins coûteux de fabriquer un calibre, de l'assembler et l'emboîter en France, où les salaires sont plus bas qu'en Suisse. L'important pour l'instant est donc de garder en Franche-Comté les jeunes talents sortis des écoles. « Une façon de revaloriser l'industrie. C'est la clé pour assurer la pérennité du secteur. Ce développement en aval devrait permettre de recréer une partie du tissu industriel exilé en Chine », espère Patrice Besnard. D'ailleurs, les chiffres ne trompent pas. Côté consommation (intérieure et étrangère réunies), pour la première fois, le seuil des 14 millions d'unités vendues a été franchi, les montres constituant le segment qui a le plus progressé en termes de valeur avec un gain de 9% en 2011 par rapport à 2010. Quant aux exportations (bracelets et montres confondus), en hausse de 22%, elles ont atteint 1,4 milliard d'euros en 2011, les montres totalisant à elles seules 940 millions d'euros avec des ventes à l'étranger. Une année remarquable pour l'horlogerie française qui ne fait que se redéployer.
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